Pivot, le parain de notre action aïe, à la tête du Goncourt

Pivot, le  » non-écrivain  » à la tête du Goncourt

LE MONDE | 08.01.2014 à 10h52 | Par Alain Beuve-Méry

Le journaliste et homme de télévision a été désigné pour succéder à Edmonde Charles-Roux

Pour la première fois, un journaliste et homme de télévision plus qu’un écrivain devient président de l’Académie Goncourt. Mardi 7 janvier, Bernard Pivot, membre de cette académie depuis 2004, a été désigné pour être à la tête du plus prestigieux des prix littéraires français, sous l’acclamation de ses pairs.

Un  » non-écrivain  » ? C’est l’intéressé lui-même qui l’a reconnu, au restaurant Drouant, à Paris (2e), où les académiciens ont leur couvert réservé tous les premiers mardis du mois.  » Cela a été une extraordinaire surprise quand Edmonde – Charles-Roux – m’a demandé de lui succéder. Ce n’était pas dans mes ambitions ni même dans mes rêves d’être président de l’Académie Goncourt. J’étais déjà heureux de faire partie de ce jury. De plus, je ne suis pas écrivain « , a-t-il déclaré.

Un non-écrivain qui a tout de même écrit 24 livres, qui parlent de ses passions, éclectiques et populaires : le football, le vin et les expressions de la langue française.

Agé de 78 ans, Lyonnais d’origine, Bernard Pivot est surtout l’homme qui, au cours des quatre dernières décennies, a eu la plus forte influence pour la mise en valeur des livres et de la littérature, et surtout la volonté de transmettre le goût de la lecture au plus grand nombre, avec ses quatre émissions successives, de 1973 à 2005, à la télévision :  » Ouvrez les guillemets « ,  » Apostrophes « ,  » Bouillon de culture  » et  » Double je « .

Dans les années 1980, avec  » Apostrophes « , Bernard Pivot a révélé des écrivains au grand public comme Milan Kundera ou Marguerite Duras. Après une prestation réussie chez Pivot, un écrivain voyait ses ventes décoller. Il était devenu le bienfaiteur des libraires et des éditeurs. Mais au fil du temps, ce rôle d’oracle des lettres lui pesait.

Présidente de l’Académie Goncourt depuis 2002, Edmonde Charles-Roux, qui avait succédé à François Nourissier, ne s’y est pas trompée en tirant sa révérence :  » Peut-on rêver mieux ? Notre nouveau président est l’homme le plus informé, ne l’oublions pas, sur ce qui se passe en ce moment dans le domaine du livre en France et en d’autres pays encore.  »  » Je n’ai jamais été un homme de pouvoir, mais un homme d’influence. L’influence est plus subtile que le pouvoir « , a expliqué Bernard Pivot, avant d’ajouter qu’il allait inscrire sa présidence dans la continuité de la décennie d’Edmonde, au cours de laquelle  » elle a restauré le prestige et la réputation du Goncourt « .

Bernard Pivot a d’ailleurs pris toute sa part au travail de rénovation des statuts de l’Académie Goncourt, en 2008. Dans son article 4, il est stipulé qu’aucun membre du prix Goncourt  » ne peut être salarié par une maison d’édition « . En 2008, a aussi été introduite une limite d’âge pour chaque juré. Ce seuil, fixé à 80 ans, ne s’applique qu’aux membres élus depuis 2008 et, par conséquent, ne concerne pas Bernard Pivot.

Le nouveau président a aussi introduit une innovation dans la manière de voter. A chaque fois, le nom des jurés est tiré au sort. Cette réforme du mode de scrutin a permis des votes clairs dès le premier tour pour l’attribution des prix Goncourt à Trois femmes puissantes, de Marie NDiaye (Gallimard, 2009), La Carte et le territoire, de Michel Houellebecq (Flammarion, 2010), ou L’Art français de la guerre, d’Alexis Jenni (Gallimard, 2011).

En revanche, cette machine s’est grippée en 2013. C’est en effet au 12e tour de scrutin que les dix jurés du Goncourt se sont départagés par six voix contre quatre, et ont couronné Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre (Albin Michel), un roman sur les lendemains de la Grande Guerre.

Ce n’était pas le choix d’Edmonde Charles-Roux, mais c’était celui de Bernard Pivot, qui a salué  » un roman populaire, au bon sens du terme « . De manière élégante, Edmonde Charles-Roux en a pris acte et a choisi son successeur.

A. B.-M.

Source : Le Monde