vélos et trottinettes en libre service (suite)

Eh bien voilà, je prends le bâton de parole. Il ne fallait pas me le tendre, parce que je ne le lâche pas comme ça… Il n’y a rien à attendre de ce «grand débat national», vaste opération d’enfumage, qui n’en doutons pas, maintiendra bien à l’écart les sujets qui risqueraient de déranger, tels que la répartition de la richesse, l’accès à une véritable souveraineté populaire, ou encore les changements de système de production qu’impose la question environnementale. Nos élites économiques, politiques ou celles des grands médias seraient d’ailleurs bien incapables de nous écouter, de comprendre la vraie vie dans nos villes ou campagnes. Leur unique boussole est celle du 1 % des plus fortunés. Les plus fragiles ne font partie de leurs préoccupations que pour les stigmatiser ou les désigner comme coupables, comme profiteurs. En quels termes parle-t-on de nous, les personnes les moins valides, dans les think-tanks ultralibéraux, c’est-à-dire en ces lieux où se pense réellement l’organisation de la cité ? Quel rapport avec les vélos ou les trottinettes, pourrait-on me retourner ?

Après tout, le gouvernement n’est pas responsable des multiples incivilités qui nous empoisonnent quotidiennement la ville. C’est vrai. Cependant, les petites gens n’ont aucune chance de trouver dans le comportement de ceux d’en haut, des modèles de responsabilité citoyenne et encore moins l’ébauche de considérations morales. Et puis, tant que les habitants des quartiers se pourrissent la vie entre eux, ils ne regardent pas ailleurs et c’est ça de gagné. Enfin, la sacralisation de la liberté d’entreprise génère des laisser-faire que nos représentants locaux traînent des pieds à réguler, afin de ne pas entraver cette liberté, au détriment des plus faibles. Bien sûr, nous pouvons parfois récupérer un peu du terrain perdu. On va bien essayer de faire virer ces trottinettes, ces vélos ou autres engins roulants de nos trottoirs. Mais pour se heurter à quelle nouvelle calamité ?

Je ne compte guère sur davantage de bienveillance ou d’empathie, de la part de nos interlocuteurs locaux. Nos élus nous ont pour la plupart écartés d’une démocratie où nous ne sommes au mieux que simulacre ou alibi, dans les commissions où nous sommes invités. Ne nous laissons pas prendre à leurs bons semblants ; ils ont d’autres priorités. Bien peu sont sensibles à nos causes. Je ne crois guère à la cité inclusive. C’est un baratin dans l’air du temps qui sert d’écran pour masquer des réalités beaucoup plus crues. Les responsables techniques baignent quant à eux dans une culture, une façon de penser qui a été forgée selon les préceptes libéraux. Ils peuvent nous laisser croire à la concertation, au consensus possible. Mais que pesons-nous au fond, face aux lobbies industriels qui ont façonné la cité à leur manière, et en fonction de leurs seuls intérêts ? La soumission de la ville aux impératifs de la voiture en est un bon exemple. Et ce ne sont pas les mesurettes tels que les «modes doux» qui changent fondamentalement la donne. Les procédures de décision sont largement verrouillées par leurs soins et en leur faveur.

Je laisse à présent le bâton à d’autres. Avec ce bâton, ils ont même le droit de me cogner dessus, de me dire que je les plombe, que j’exagère, que j’ai tout faux. Peut-être. En tout cas, je préfèrerais me tromper. C’est ainsi, j’ai le pessimisme de la raison. Mais j’ai aussi l’optimisme de la volonté. Même si le rapport de classes est brut à regarder, il est vital de réagir pour ne pas disparaître. L’histoire n’est pas terminée. Nous la faisons à chaque instant. Par contre, nous ne savons pas quelle histoire nous faisons. Voilà un peu dans quel état d’esprit j’adhère à Point de Vue sur la Ville . Si je pensais que tout est perdu, je n’y serais pas, je dirais que cela ne sert à rien. Ce n’est pas le cas. Au contraire, c’est très bien de se battre, d’essayer d’obtenir des avancées. Ça marche parfois (feux sonores, balises…). D’ailleurs, il n’y a que comme cela que ça marche. Mais je ne me fais pas d’illusions : nous ne sommes pas dans un rapport de forces qui nous est favorable. Et si ce n’était qu’à propos de l’accessibilité…

Eh bien voilà, en toute amitié…

Jean-Paul

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