Rapport sur l’enquête nationale auprès des déficients visuels au sujet des feux sonores

Auteurs :
Point de Vue sur la Ville,
Voir Ensemble,
Comité Louis Braille,
Association Nationale des Parents d’Enfants Aveugles.

Maîtrise d’œuvre : Clément GASS, statisticien.

Avant-propos

Ce document est principalement destiné aux autorités intervenant dans la réglementation, l’installation et l’entretien des feux sonores. Il pourra également intéresser les acteurs du handicap visuel telles les associations. Les personnes qui ont répondu à l’enquête en sont également destinataires.

60 % des utilisateurs de feux sonores se prononcent pour l’ajout de l’annonce du nom de la rue à traverser sur la phase « vert piétons » en toutes circonstances. 16 % se prononcent pour le maintien de la norme actuelle, tandis que 24 % n’ont pas de préférence marquée. Pour les traversées de carrefours complexes, la part d’utilisateurs qui demandent l’ajout du nom des rues sur la phase « vert piétons » s’élève à 77 %.

Pour accéder à l’ensemble des résultats de l’enquête, vous pouvez directement vous rendre en partie 3. La première partie présente le contexte qui a mené à cette enquête, et la seconde en détaille la méthodologie.

Pour toute question sur le contenu de ce document, vous pouvez vous adresser à ses auteurs via l’adresse de courriel opinionfeux@free.fr.

Sommaire

1. Contexte de réalisation de l’enquête

Les répétiteurs sonores de feux tricolores obéissent à la norme NF S 32-002 du 20 décembre 2004. Le contenu des messages a été défini par l’arrêté du 8 avril 2002. Pendant que le feu est vert pour les piétons, les répétiteurs diffusent une mélodie à deux notes répétées, appelée ritournelle, pouvant éventuellement être précédée d’une mélodie ascendante, appelée jingle de début de vert. Pendant que le feu est rouge, une voix féminine annonce « rouge piétons », et à titre facultatif le nom de la rue à traverser.

La ritournelle a été validée suite à une expérimentation de terrain avec la participation d’un échantillon de douze personnes. Les douze testeurs déficients visuels ont été invités à suivre le mouvement pour traverser lorsque la ritournelle sonnait. Aucun dispositif alternatif n’a été présenté, et les personnes n’étaient pas en situation d’autonomie réelle, à savoir de marcher seules pour trouver un carrefour et de prendre seules la décision de traverser. Le dispositif a néanmoins été approuvé par des associations nationales de déficients visuels.

Après sa mise en place, la ritournelle n’a pas tardé à être contestée par certaines associations locales, notamment dans des villes où d’autres dispositifs existaient préalablement à la ritournelle. À Lyon, les associations ont regretté le remplacement par la ritournelle du message indiquant « vert piétons » et le nom de la rue à traverser par une voix masculine. Une expérimentation universitaire a eu lieu dans cette ville en 2005, avec cette fois la participation de cinquante testeurs. Les résultats plaidaient en faveur du message parlé avec le nom de la rue à traverser, mais l’arrêté de 2002 n’a pas été remis en cause.

Après plus d’une décennie de pratique de la ritournelle, certains déficients visuels continuent de se plaindre de l’absence du nom de la rue à traverser. La confédération nationale regroupant une partie des associations demande uniquement l’ajout du nom de la rue à traverser sur le feu rouge. D’autres associations estiment nécessaire d’ajouter également le nom de la rue sur le feu vert.

Afin de connaître les attentes des principales personnes concernées, à savoir les personnes mal et non voyantes, quatre associations ou collectifs d’associations ont décidé de réaliser une enquête la plus large possible auprès de ce public. Il semble en effet que la décision, qui revêt une importance en termes de sécurité, ne puisse pas être prise sans l’avis direct des utilisateurs. De par son usage personnel, l’utilisateur est un expert par expérience. La personne déficiente visuelle ne fait pas exception à cette règle. Elle a une connaissance directe et irremplaçable des stratégies d’adaptation et des technologies d’assistance, et peut à ce titre jouer un rôle de premier plan dans l’amélioration des dispositifs la concernant. Plus généralement, l’implication de l’utilisateur augmente la responsabilisation des organismes publics et privés et peut jouer un rôle de premier plan dans la mise en œuvre des changements politiques et sociaux.

Cette enquête est volontairement circonscrite à la question du message à diffuser sur la phase verte des feux pour piétons. Les modifications soumises à l’avis des utilisateurs sont peu onéreuses à mettre en pratique, d’après l’avis d’experts bien au fait des caractéristiques techniques de ces dispositifs. Une zone de libre expression permet néanmoins aux usagers d’aborder d’autres thématiques en lien avec les feux sonores et de faire part de propositions. Ces propositions pourraient servir de support à de futures enquêtes pour encore améliorer les feux sonores. De façon plus générique, cette enquête a vocation à servir de précédent pour la prise en compte directe des attentes des personnes en situation de handicap visuel, trop souvent laissées à l’appréciation d’experts n’étant pas en situation réelle de pratiquer les solutions qu’ils préconisent.

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2. Méthodologie

2.1. Conception du questionnaire

Un groupe de travail a été constitué le 9 janvier 2014. Il associe des résidents de Rhône-Alpes, du Limousin et de l’Alsace, intervenant au nom de Point de Vue sur la Ville et de Voir Ensemble, ainsi qu’un attaché statisticien de l’Insee, jouant le rôle de conseiller méthodologique à titre bénévole. Le questionnaire issu des réflexions de ce groupe est volontairement long, afin de garantir la qualité des questionnaires complétés, qui ne peuvent être remplis que sérieusement étant donné l’effort demandé aux répondants. La charge de travail pour une personne non voyante ou très malvoyante répondant au questionnaire est estimée à une vingtaine de minutes pour les personnes à l’aise avec l’informatique ou dictant leurs réponses à une tierce personne valide. Les questions proposées permettent à un enquêté d’exprimer sa préférence pour la ritournelle ou l’annonce du nom de la rue tout en la nuançant par l’évaluation de six arguments pour, et six arguments contre la modification du message actuel. Des questions filtres permettent de s’assurer que l’enquêté est bien concerné par le questionnaire et connaît le sujet. Il doit notamment être déficient visuel et déjà avoir entendu un feu sonore en situation réelle. Des questions sur le profil des répondants permettent par ailleurs de stratifier l’échantillon par âge, sexe et département de résidence, ainsi que d’affiner l’analyse.

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2.2. Diffusion du questionnaire

Le questionnaire tel qu’il a été diffusé figure en annexe. Trois possibilités ont été proposées pour répondre au questionnaire :

  1. Par internet, sur onlinesurvey.fr, site sécurisé et assez en phase avec les normes d’accessibilité. Les pages peuvent toujours être consultées en suivant ce lien : http://onlinesurvey.fr/surveys/index.php?sid=34971&lang=fr
    Le site est utilisable avec la plupart des configurations informatiques utilisées par les personnes déficientes visuelles, excepté Jaws 13 ou 14 associé à Internet Explorer, qui ne permet pas de lire le tableau des douze affirmations de la question 2, partie 2. Dès que ce défaut a été identifié, une adresse de messagerie électronique et un numéro de téléphone de contact ont été indiqués en tête de toutes les pages du questionnaire afin d’aider les personnes rencontrant des difficultés.
    Grâce à un système de cookies, une seule réponse par ordinateur est possible, ce qui permet d’éviter les doublons.
  2. Par messagerie électronique.
    Au lieu de cliquer sur le lien internet, les personnes contactées pouvaient directement éditer le message qui leur était transmis et retourner le questionnaire ainsi rempli à l’adresse opinionfeux@free.fr. Cette solution convenait aux personnes un peu moins à l’aise avec la navigation internet, mais sachant utiliser un logiciel de messagerie électronique.
  3. Par une tierce personne : un proche ou un membre des associations partenaires pouvait remplir le questionnaire pour les personnes n’étant pas à l’aise avec l’informatique, et le retourner par courriel. Dans ce cas, le répondant devait être clairement identifiable, par l’indication de son numéro de téléphone par exemple, afin que les tierces personnes ne puissent pas remplir le questionnaire pour des personnes fictives ou n’ayant pas répondu en toute connaissance de cause. Des contrôles aléatoires ont été effectués pour vérifier l’intégrité de ces réponses.

Le questionnaire est anonyme dans la mesure où l’identité n’est pas demandée directement. Cependant, une adresse de contact, nécessaire pour les contrôles qualité, permet indirectement d’identifier les répondants. Aussi, l’enquête a fait l’objet d’une déclaration normale auprès de la CNIL, sous le numéro 1736925. Conformément à la réglementation en vigueur, les informations d’identification sont conservées pendant une durée limitée, fixée ici à trois mois.

La diffusion du questionnaire a été la plus large possible, en utilisant :

  1. Les multiples listes de diffusion traitant de sujets liés au handicap visuel via des outils comme yahoogroupes.
  2. Les contacts des associations partenaires, c’est-à-dire Voir Ensemble (qui compte plus de 5 000 adhérents et des comités locaux répartis dans toute la France), Point de Vue sur la Ville (PVV), le Comité Louis Braille (CLB) et l’Association Nationale des Parents d’Enfants Aveugles (ANPEA).
  3. Les contacts personnels des membres du groupe de travail et d’autres membres des associations partenaires
  4. De nombreuses autres associations, des établissements scolaires, établissements et services d’aide par le travail (ESAT) ont accepté de diffuser le questionnaire.

Tous les destinataires du message étaient invités à le faire suivre, d’où un effet multiplicateur difficile à quantifier. Il est cependant certain que plus de 10 000 personnes non voyantes ou très malvoyantes ont eu connaissance de l’enquête.

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2.3. Collecte des réponses

Les réponses ont été enregistrées sur une période de 30 jours, du vendredi 24 janvier 17 heures au dimanche 23 février même heure. La date de clôture n’était pas indiquée lors de la première diffusion du questionnaire en début de période. Tous les destinataires ont été relancés à partir du 14 février, avec un compte à rebours du nombre de jours restants. L’échéance était annoncée au 21 février, de sorte à pouvoir prendre en compte les réponses jusqu’à deux jours de retard. Au-delà du 23 février, seule une trentaine de réponses ont été acceptées, uniquement lorsqu’elles provenaient de personnes à qui des compléments d’information avaient été demandés suite à des questionnaires arrivés incomplets dans un premier temps.

Au final, 807 réponses ont été retenues, après dédoublonnement et contrôle qualité. 448 questionnaires ont été remplis par internet, 174 par messagerie électronique et 185 par une tierce personne.

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2.4. Opérations statistiques

2.4.1. Redressement de la non-réponse

Le redressement de la non-réponse a été limité, de sorte à ne pas dégrader la marge d’incertitude de l’ensemble des résultats pris en compte dans l’analyse. Les questionnaires trop incomplets ont été supprimés, non sans avoir recontacté préalablement les auteurs afin de tenter d’obtenir un complément d’information. La plupart des questionnaires supprimés correspondent à des abandons en cours de remplissage du questionnaire internet, correspondant probablement à des situations où les internautes se rendaient eux-mêmes compte qu’ils étaient hors du champ de l’étude ou ne connaissaient pas assez le sujet traité pour répondre avec pertinence. Seuls une dizaine de questionnaires envoyés par messagerie n’ont pas pu être pris en compte par manque d’information suffisante. Les questionnaires incomplets jugés exploitables sont au nombre d’une quarantaine. Ils correspondent aux cas suivants :

  • Réponses manquantes pour une à huit des douze affirmations de la question 2 de la partie 2 : la non-réponse a été affecté à la modalité « ne se prononce pas ».
  • Réponse manquante à une seule question parmi les trois de la partie 1 et la première de la partie 2 : la non-réponse a été affectée à la modalité la plus probable d’après un modèle logistique constitué sur la base des questionnaires où les parties 1 et 2 sont complètes (y compris les douze affirmations de la question 2 de la partie 2)
  • Réponse manquante à propos de l’évolution de la déficience visuelle (partie 3 question 2), pour les personnes ayant répondu ne rien voir à la question 1 : dans ce cas on peut supposer une stabilité depuis la naissance. Des remarques des répondants ont en effet montré que des personnes aveugles de naissance ne comprenaient pas l’intérêt de cette question, alors qu’elle est parlante pour les personnes ayant perdu la vue au cours de leur vie.

À noter qu’en cas d’absence de réponse aux questions de la partie 4, aucune opération n’est à effectuer, ces questions facultatives permettant éventuellement aux répondants de formuler librement des remarques sur le sujet et/ou de demander à être informés des résultats de l’enquête lors de leur publication.

Signalons enfin que le chiffre de 807 réponses donné en 2.3. correspond au nombre de questionnaires jugés exploitables, y compris la quarantaine soumis aux opérations de redressement.

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2.4.2. Filtrage

Afin de sélectionner les répondants entrant dans le champ de l’étude, des règles ont été appliquées en fonction des réponses à la partie 1 et aux trois premières questions de la partie 3. 156 questionnaires sont ainsi considérés hors champ. Le nombre de questionnaires valides pour l’analyse des résultats est donc abaissé à 651. Les règles ayant servi à cette sélection sont les suivantes :

  1. Réponse « non » aux deux premières questions de la partie 1 : le questionnaire est exclu, car son auteur n’est pas utilisateur des feux sonores.
  2. Réponse « non » à la première et réponse « oui » à la deuxième question de la partie 1 : le questionnaire est conservé uniquement en cas de fréquence d’utilisation d’au moins une fois par semaine d’après la réponse à la question 3. En effet, avoir entendu le message parlé (avec nom de la rue) mais jamais le message codé (avec ritournelle) sur le vert n’est pas très probable, étant donné la réglementation en vigueur. Cela est néanmoins possible localement, car certains feux n’ont pas été modifiés après l’arrêté de 2002. Il se peut alors que des utilisateurs faisant toujours les mêmes trajets ne connaissent que les feux à message parlé. L’utilisation régulière des feux sonores est alors nécessaire pour intégrer leur témoignage dans l’analyse. En effet, une personne n’ayant entendu par coïncidence que le message le moins répandu avec une utilisation rare n’a pas toutes les données pour se prononcer sur le sujet de cette enquête.
    Ces deux premiers filtres sur la connaissance des feux sonores éliminent à eux seuls 112 questionnaires.
  3. Réponse « distingue visuellement les feux tricolores » à la question 1 de la partie 3 et « uniquement votre vision » à la question 3 de la partie 3 : ces personnes n’ont a priori pas obligatoirement besoin d’utiliser les feux sonores pour traverser en toute sécurité. Il peut cependant arriver que cela leur serve d’aide complémentaire. Leur réponse est conservée à condition qu’ils les utilisent au moins une fois par semaine, ou occasionnellement mais en connaissant à la fois le message parlé et le message codé.
  4. « distingue visuellement les feux tricolores » et utilise « l’aide d’une personne voyante » : mêmes conditions qu’en 3)
  5. « distingue visuellement les feux tricolores » et utilise « une canne » ou « un chien-guide » : même si ces personnes voient les feux, les aides utilisées pour leurs déplacements attestent d’une vision réduite. Elles peuvent donc par exemple avoir du mal à distinguer l’autre côté de la rue, et utiliser le son pour se diriger vers le feu du trottoir d’en face, même si elles voient le feu situé sur le trottoir de départ. Les personnes indiquant ne jamais utiliser les feux sonores sont donc exclues, les autres intégrées dans le champ.
  6. Personnes ne « voyant rien » et utilisant « uniquement leur vision » pour se déplacer : le cas est jugé peu probable, les questionnaires sont donc jugés remplis hasardeusement et éliminés.
  7. Personnes « ne voyant rien » et dont « la vision diminue » : impossible en réalité, les questionnaires sont donc jugés remplis hasardeusement et éliminés.

Le choix de ces cinq derniers filtres peut se discuter, mais une modification à la marge de ces règles aurait un effet négligeable sur les résultats de l’analyse, la part de questionnaires concernés par ces diverses modalités sur la vision étant inférieure à 10 %. La plupart des répondants sont aveugles complets, ne voient que la lumière, ou ont quelques repères visuels mais doivent tout de même utiliser une canne ou un chien-guide. Les réponses des personnes à la vision très réduite sont conservées même si elles n’utilisent jamais les feux sonores lorsqu’elles ont passé le filtre des questions sur la connaissance des messages. Elles peuvent en effet avoir arrêté d’utiliser les feux sonores parce qu’elles n’apprécient pas leur mode de fonctionnement, mais pourraient les réutiliser en cas de changement de la réglementation. Elles peuvent aussi avoir déménagé dans une zone rurale non équipée de feux sonores après les avoir connus en ville.

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2.4.3. Post-stratification

L’échantillon des 651 réponses après filtrage est équilibré suivant le sexe, avec 46 % de femmes et 54 % d’hommes, proportions correspondant bien à la prévalence de la déficience visuelle légèrement plus élevée chez les hommes, du moins avant l’âge de 75 ans (cf. référence bibliographique en fin de document).

La représentativité par âge est bonne avant 75 ans, excepté pour les tranches d’âge les plus jeunes. Un regroupement des modalités « moins de 15 ans » et « 15 à 30 ans » présentées dans le questionnaire est nécessaire, en raison du faible nombre d’enfants de moins de 15 ans parmi les répondants. Même après ce regroupement, les moins de 30 ans restent sous-représentés. La diversité géographique de l’échantillon est assurée par la présence de 75 départements, et de toutes les régions de France métropolitaine sauf la Corse. Cependant, les départements du Rhône, du Nord, de la Haute-Vienne et du Bas-Rhin sont manifestement surreprésentés dans l’échantillon compte tenu de leur population. La post-stratification par âge et département permet de neutraliser l’effet de la surreprésentation de ces départements en accordant à leurs répondants un poids moindre dans l’analyse, ainsi que de neutraliser la sous-représentation des moins de 30 ans en leur accordant un poids plus important.

À noter que la stratification par département se fait en proportion de la population des départements. Elle ne se fait pas seulement sur la base des effectifs de répondants par département, mais tient aussi compte des effectifs des régions d’appartenance. En effet, une surreprésentation des départements contenant les plus grandes villes est observée dans toutes les régions. Les personnes déficientes visuelles habitent plus souvent en ville, du fait de l’impossibilité de se déplacer en voiture. De plus, ce sont surtout les grandes villes qui sont équipées de feux sonores, d’où la rareté des répondants habitant à la campagne. Une surreprésentation du Rhône, du Nord, de la Haute-Vienne et du Bas-Rhin est alors acceptée à l’intérieur de leurs régions d’appartenance, dans les mêmes proportions que ce qui est observé pour les départements contenant les autres capitales régionales. Mais les poids des quatre régions concernées sont ajustés de sorte qu’aucune ne soit surreprésentée dans l’échantillon stratifié.

La tranche d’âge des 75 ans et plus est sous-représentée par rapport à son poids dans la population des personnes déficientes visuelles. Mais il est choisi de conserver cette sous-représentation et de ne pas la redresser par stratification. On peut en effet retenir l’hypothèse que les personnes les plus âgées, qui pour la plupart ont perdu la vue à un âge déjà très avancé, n’ont pas pu apprendre les stratégies de compensation et se déplacent rarement seules dans la rue. D’après l’enquête handicaps incapacités dépendance (HID) de l’Insee, elles cumulent en outre plusieurs déficiences, ce qui complique encore leur locomotion. L’échantillon stratifié contient finalement 4 % de personnes âgées d’au moins 75 ans, et plus de 20 % pour chaque autre tranche. Dans l’analyse, les 75 ans et plus sont généralement regroupés avec les 60-74 ans, leur faible nombre ne permettant pas d’obtenir des résultats fiables dès qu’il s’agit de croiser plusieurs variables.

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2.4.4. Influence des opérations statistiques sur les résultats

Toutes ces opérations statistiques n’ont qu’une influence limitée sur l’analyse des résultats, grâce à la bonne représentativité initiale de l’échantillon des réponses collectées, ainsi que grâce à sa bonne correspondance avec le champ de l’étude. La large diffusion du questionnaire, les explications qu’il contenait, et la sélection des répondants entrant dans le champ de l’étude par l’effort nécessaire pour compléter le questionnaire jusqu’au bout, ont permis d’obtenir un échantillon qui, à quelques ajustements près, a une qualité équivalente à un échantillon obtenu par sondage stratifié.

À titre d’exemple, la part de réponses « tout à fait d’accord » pour ajouter l’annonce du nom de la rue à traverser sur le vert dans les carrefours complexes, évolue comme suit au fil des opérations statistiques :

  • 80,1 % parmi l’échantillon initial de 807 questionnaires
  • 81,4 % parmi l’échantillon de 651 questionnaires après filtrage
  • 77,2 % après rééquilibrage de l’échantillon par âge et département

Le dernier chiffre est le plus fiable sur le plan statistique. En l’absence d’opérations statistiques, les chiffres sont quelque peu différents, mais les grandes conclusions de l’enquête sont identiques, ce qui est signe de leur robustesse.

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2.5. Validité des résultats

La méthode idéale consisterait à interroger l’ensemble des personnes déficientes visuelles utilisant les feux sonores. Parvenir à cette exhaustivité est impossible à moins d’utiliser des moyens importants, mobilisant tous les acteurs du handicap visuel, des associations aux MDPH. À défaut d’exhaustivité, la meilleure méthode est de tirer un échantillon de personnes à interroger dans une base où seraient répertoriées l’ensemble des personnes déficientes visuelles. Mais une telle base n’existe pas, et la créer constituerait un effort équivalent à la mise en œuvre de la méthode exhaustive.

La méthode utilisée ici repose sur une diffusion large puis sur le volontariat des personnes informées pour répondre. En principe, ne sont volontaires pour répondre que les personnes connaissant bien le sujet, et la diffusion large permet d’obtenir un échantillon représentatif. Ces deux hypothèses sont vérifiées ici, un petit biais géographique étant simplement apparu du fait de la localisation des membres du groupe de travail ayant lancé la diffusion, ainsi qu’un petit biais d’âge, probablement dû à la moindre fréquentation des associations de déficients visuels et des commissions d’accessibilité par les jeunes. La faible ampleur de ces biais a permis de les corriger par des opérations statistiques. Au final, la qualité de l’échantillon équivaut à celle d’un échantillon représentatif par âge, sexe et lieu de résidence de 523 personnes.

Avec un échantillon représentatif de 523 personnes, la marge d’erreur sur les résultats est inférieure à 2 % autour des chiffres communiqués, sachant que l’ensemble de la population représentée, à savoir les utilisateurs potentiels de feux sonores, est de l’ordre de 300 000 individus au grand maximum, en incluant les utilisations partielles par les personnes malvoyantes. En effet, d’après l’enquête handicaps incapacités dépendance (HID) réalisée par l’Insee entre 1998 et 2001, on dénombre en France métropolitaine :

  • 61 000 aveugles complets,
  • 146 000 malvoyants profonds, avec une vision limitée à la perception des silhouettes,
  • 932 000 malvoyants moyens, qui ont de sévères difficultés pour lire de près ou reconnaître un visage à 4 mètres.

Mais sur ce total de 1,14 millions de personnes, à peine 600 000 ont moins de 75 ans, un peu moins de 300 000 utilisent des aides techniques ou ont une reconnaissance administrative de leur handicap, et seulement 32 000 utilisent la canne blanche. Le nombre d’utilisateurs potentiels des feux sonores est donc inférieur à 300 000. Les personnes utilisant une canne sont au nombre de 322 dans l’échantillon stratifié, soit un taux de sondage de 1/100 par rapport à l’ensemble des utilisateurs de canne. De même, une personne mal ou non voyante sur mille ayant une carte d’invalidité mais n’utilisant pas la canne est incluse dans l’échantillon. Ce sont là des taux de sondage suffisants pour obtenir des résultats de qualité, sans compter que le nombre d’utilisateurs de feux sonores est probablement bien inférieur à 300 000, sans qu’il soit possible de l’estimer en l’absence de données. Le chiffre de 300 000 s’entend comme un majorant servant à estimer les taux de sondage a minima.

Signalons enfin que 94 % des répondants disposant d’une adresse de courriel ont demandé à recevoir les résultats de l’enquête. Leur implication et leur intérêt pour la question traitée est un gage de la qualité de leurs réponses, et donc des résultats de l’enquête.

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3. Résultats de l’enquête

Note : Tous les résultats de cette partie sont donnés après application des opérations statistiques présentées en 2.4.

L’échantillon étant représentatif, les personnes interrogées sont assimilés à la population cible, c’est-à-dire les personnes déficientes visuelles ayant besoin d’utiliser les feux sonores. On parlera indifféremment d' »utilisateurs, d' »usagers », de « personnes concernées » pour désigner cette population cible.

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3.1. La majorité des utilisateurs se sentiraient plus en sécurité avec un message vocal ajouté sur le feu vert

La question centrale de l’enquête est formulée en ces termes :

« Avec lequel des messages suivants vous sentiriez-vous le plus en sécurité sur la phase ‘vert piéton' » ?

Les réponses se répartissent comme suit :

  • Le message codé par une cloche à deux notes répétées, en continu : 16 %
  • Le message codé par une cloche à deux notes répétées, entrecoupé par une annonce vocale de la rue à traverser : 28 %
  • Uniquement le message parlé par une voix masculine, indiquant « vert piéton » et le nom de la rue à traverser : 30 %
  • Le même message parlé par une voix masculine, mais précédé d’un bref message codé comme signal de début de vert : 15 %
  • Peu importe, pourvu que le feu soit sonorisé : 9 %
  • Autre choix : 2 %

Le premier choix correspond à la réglementation actuelle, qui satisfait 16 % des personnes concernées. Les trois choix suivants ont en commun l’ajout du nom de la rue à traverser sur le feu vert, demandé par 73 % des utilisateurs. 9 % des usagers pensent que ce débat n’a pas grand intérêt, alors que 2 % formulent des propositions alternatives. Ces propositions se portent le plus souvent sur des messages codés, mais avec des sons moins « agressifs » que la ritournelle, dont certains sont en vigueur à l’étranger (bruit de marteau sur du métal, bips graves) et d’autres plus innovants (son modulé à mesure que la fin du vert approche). Plus rarement est demandé une voix féminine sur le vert, ou le fonctionnement continu du message sans qu’il soit besoin de le déclencher avec une télécommande.

Le questionnaire permet de nuancer les préférences grâce à la dernière affirmation de la partie 2, formulée ainsi :

« Inutile de chercher à améliorer la norme existante. Les seuls paramètres importants pour la sécurité sont le nombre et le bon entretien des feux sonores. »

13 % des utilisateurs sont tout à fait d’accord avec cette affirmation, alors même qu’ils expriment une préférence pour l’une des solutions avec message parlé. Cette préférence n’est donc pas nette, et ces personnes ne demandent pas explicitement la modification du message sonore. En se limitant aux préférences avec un réel souhait que le message soit modifié, les proportions sont alors ramenées à 21 % pour l’alternance ritournelle-message parlé, 26 % pour le message parlé seul et 13 % pour le message parlé avec jingle.

En conséquence, les avis des utilisateurs peuvent être agrégés en trois groupes :

  • 60 % des personnes manifestent le souhait que le nom de la rue soit ajouté sur le feu vert ;
  • 16 % sont satisfaites par la ritournelle ;
  • 24 % sont indifférentes au type de message, ont un avis nuancé ou formulent d’autres propositions.

54 % des utilisateurs ont déjà expérimenté le message parlé avec annonce du nom de la rue, fréquent avant 2002 dans certaines villes et qui n’a pas toujours été remplacé, tandis que 46 % n’ont rencontré que la ritournelle. Parmi les personnes ayant expérimenté les deux messages sonores, et donc vraiment bien placées pour les comparer, 65 % souhaitent la généralisation de l’annonce du nom de la rue. Cette proportion n’est que de 54 % parmi les personnes qui n’ont expérimenté que la ritournelle, et n’ont qu’une conception théorique du message vocal pouvant être ajouté.
Cette part de 65 % s’observe aussi parmi les utilisateurs les plus experts, qui non seulement ont déjà rencontré les deux messages, mais en plus utilisent quotidiennement les feux sonores. Ces utilisateurs experts représentent 30 % de la population concernée par le sujet.

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3.2. Un consensus plus large autour de l’annonce du nom de la rue à traverser dans les carrefours complexes

Sur les douze arguments pour ou contre une modification du message sonore, celui qui concerne plus particulièrement les carrefours complexes remporte la plus forte adhésion, et de très loin. Il est formulé ainsi : « Dans les carrefours complexes, il est essentiel que le message donne le nom de la rue à traverser sur la phase ‘vert piéton' » 77 % des utilisateurs sont tout à fait d’accord avec cette affirmation, et 12 % plutôt d’accord. D’après les commentaires rédigés dans la zone de libre expression, une traversée est jugée complexe dès qu’il y a plus d’une voie à franchir. Il peut s’agir de rues à plusieurs voies, et de tous types de carrefours, à plus forte raison ceux en étoile, avec des rues courbes ou des îlots centraux, dans lesquels le piéton est amené à enchaîner plusieurs traversées.

Le tableau ci-contre présente les réponses aux douze affirmations proposées.

Répartition du niveau d’accord des utilisateurs avec les douze affirmations proposées, en %

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La seconde affirmation à remporter le plus d’avis favorables est la numéro 6, concernant la confusion provoquée par la ritournelle, avec 46 % de « tout à fait d’accord » et 19 % de « plutôt d’accord ». Il est souligné ici que dans un carrefour, lorsque le feu est vert pour au moins deux traversées et rouge pour les autres, les ritournelles déclenchées simultanément résonnent, se confondent, remplissent l’espace de sorte qu’il devient difficile de reconnaître les traversées au vert des traversées au rouge. Cette affirmation rejoint en partie la numéro 1 sur les carrefours complexes.

36 % des utilisateurs sont tout à fait d’accord et 19 % plutôt d’accord avec l’affirmation 2, selon laquelle la ritournelle peut être confondue avec un avertisseur de tramway. Ces taux sont modérés dans l’absolu, mais relativement élevés par rapport au nombre de villes équipées du tramway. De plus, un nombre significatif d’utilisateurs ajoutent que la ritournelle peut aussi se confondre avec les avertisseurs des bus, notamment en Île-de-France et Pays de la Loire.

Les arguments en faveur de la ritournelle ne sont pas tous rejetés pour autant. L’affirmation 8, qui insiste sur la clarté de la ritournelle par rapport au bruit environnant, notamment de la circulation, recueille 36 % d’avis très favorables et 20 % d’avis favorables. De même pour le contraste entre voix sur le rouge et ritournelle sur le vert, ainsi que pour la lisibilité de la ritournelle pour les étrangers. En revanche, la difficulté d’adaptation en cas de nouvelle modification des règles est massivement rejetée, comme le montre la répartition des réponses à la question 11. L’inutilité du débat en regard des problèmes d’entretien et de généralisation des feux sonores est également rejetée.

Les utilisateurs reconnaissent leur incompétence pour répondre à l’affirmation 9 sur les malentendants, qui est la seule où l’absence d’avis est la modalité qui arrive en tête. Notons que 7 personnes ayant répondu à l’enquête se sont déclarées malentendantes. Leurs avis sont disparates, tout comme les fréquences qu’ils perçoivent, trouvant la ritournelle tantôt adaptée, tantôt trop aiguë et avec un risque de confusion quant à la rue à traverser dans les carrefours. Ce petit échantillon ne permet pas de conclure à leur sujet, mais il semble que ces personnes soient peu nombreuses parmi les utilisateurs de feux sonores. Pour cause, la combinaison entre handicap visuel et auditif rend difficile les déplacements en toute autonomie dans la rue.

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3.3. La ritournelle combinée au nom de la rue à traverser : une solution de compromis

Six des douze arguments soumis à l’appréciation des utilisateurs, numérotés 1, 2, 3, 4, 5 et 7, sont favorables au message parlé. Les six autres, numérotés 6, 8, 9, 10, 11 et 12, plaident en faveur du maintien de la ritournelle. La réponse aux affirmations dépend alors naturellement du message préféré des utilisateurs indiqué à la question précédente. Le tableau ci-contre donne la part de personnes tout à fait d’accord pour chaque affirmation, en fonction du message qu’elles ont choisi à la question sur les préférences.

Pourcentages d’utilisateurs tout à fait d’accord avec les affirmations, selon leur préférence de message à diffuser

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Note : la modalité « autre proposition de message » a été regroupée avec la modalité « peu importe, pourvu que le feu soit sonorisé ». En effet, pour la modalité « autre proposition » prise individuellement, la répartition des réponses aux affirmations n’est pas significative en raison de la faiblesse des effectifs.

Les personnes qui préfèrent la ritournelle seule plébiscitent largement quatre des six arguments qui étaient supposés leur correspondre, avec une acception plus modérée pour les affirmations 11 et 12. Ces mêmes personnes rejettent massivement les arguments en faveur du message vocal, à l’exception notable de l’affirmation 1 sur les carrefours complexes. Cette proposition recueille 37 % d’avis très favorables et 17 % d’avis plutôt favorables. Elle fait donc consensus au-delà du message préféré des utilisateurs, preuve que la ritournelle est insuffisante pour les traversées complexes. En revanche, la solution d’un jingle en début de vert en cas de message vocal pour remplacer le contraste procuré par la ritournelle ne fait pas recette. Seules 18 % des personnes favorables à la ritournelle sont très convaincues et 21 % plutôt convaincues que cette solution apporterait un contraste équivalent à la ritournelle. Le contraste entre cloche sur le vert et voix sur le rouge est l’élément que les personnes ayant choisi la ritournelle mettent le plus en avant, comme le montrent leurs réponses aux propositions 6 et 8.

Les utilisateurs ayant choisi le message parlé seul ont le profil le plus tranché. Ils rejettent toutes les propositions attribuant des qualités à la ritournelle, et valident les affirmations favorables au message vocal à une écrasante majorité. Les avis des personnes ayant choisi le message parlé avec jingle suivent la même logique, mais avec une répartition moins catégorique. Ces personnes sont notamment 18 % à reconnaître complètement les avantages de la ritournelle en termes de contraste, et 17 % à les reconnaître partiellement. Mais 70 % sont tout à fait convaincues et 19 % plutôt convaincues que le jingle en début de vert parlé équivaut à ces avantages, d’où leur choix pour le message vocal avec jingle.

Les utilisateurs qui se prononcent pour l’alternance entre ritournelle et message vocal souhaitent que les avantages des deux systèmes puissent être combinés. Pour ce faire, le message sur le vert doit comporter de courtes périodes de ritournelle auxquelles succède le nom de la rue à traverser. Cette alternance est une solution de compromis, les réponses correspondantes ayant le profil le plus proche de la moyenne de l’ensemble des utilisateurs. Les partisans de l’alternance plébiscitent ainsi le message vocal dans les carrefours complexes, mais sont beaucoup plus sceptiques face aux autres arguments soutenant le message vocal. Ils pensent majoritairement que la ritournelle a un intérêt en termes de contraste et de clarté, notamment en supposant que des visiteurs étrangers non voyants se déplacent en toute autonomie en France et ne comprennent pas le message vocal.

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3.4. Le profil des utilisateurs n’a qu’une faible influence sur leurs préférences

Les éléments de profil communiqués par les utilisateurs en partie 3 du questionnaire ne sont pas très déterminants pour le message choisi à la question sur les préférences. Ainsi, les propositions contenant un message parlé recueillent ensemble entre 72 et 77 % des préférences des utilisateurs selon leur type de déficience et leur façon de se déplacer, entre 73 et 77 % selon leur sexe, entre 69 et 77 % selon l’âge avec une augmentation faible mais régulière à mesure que l’on avance en âge. Le tableau ci-contre détaille le choix des utilisateurs selon leur type de déficience visuelle, sexe, catégorie d’âge, lieu de résidence et mode de réponse.

Répartition des préférences selon le profil des utilisateurs, en %

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Le taux de préférence pour le message parlé seul est généralement proche du taux de préférence pour la combinaison ritournelle-message parlé. Il apparaît cependant que la solution de compromis arrive en tête chez les jeunes et chez les femmes, alors que le message parlé seul se détache parmi les hommes et les personnes d’âge plus avancé. Les personnes âgées affirment plus souvent que la ritournelle provoque un écho perturbant et peut être confondue avec un avertisseur de tramway, probablement parce que la perception auditive de ce type de bruit a tendance à se dégrader avec l’âge. Les personnes âgées préfèrent de ce fait le message parlé seul, auquel aucun bruit contradictoire ne ressemble. En outre, le message parlé seul est de très loin la solution préférée par les utilisateurs dont la déficience est désormais stable, mais qui ont perdu la vue après l’âge de 15 ans. Ces personnes rejettent massivement la ritournelle. Elles la trouvent plus souvent stigmatisante, probablement parce qu’elles tiennent à ce que leur handicap, encore assez récent, ne soit pas signalé ostensiblement par un son dédié.

Les régions Île-de-France et Rhône-Alpes se démarquent nettement de toutes les autres, en raison de la présence d’associations qui diffusent leurs opinions en communiquant explicitement sur le type de message qu’elles jugent le plus approprié. L’Île-de-France est ainsi l’unique région où la ritournelle seule atteint un score de 28 % et occupe la première place des messages proposés, loin cependant des propositions de messages parlés prises dans leur ensemble. Il faut signaler ici que ce sont majoritairement des commissions associatives parisiennes qui ont validé la mise en place de la ritournelle comme message sonore sur le feu vert. En Rhône-Alpes, c’est le message parlé avec jingle qui atteint son score maximum, avec 29 % contre 15 % en France. Là aussi, cela s’explique par la diffusion des préconisations d’associations participant aux commissions d’accessibilité dans la région.

Les internautes sont plutôt en phase avec la solution de compromis, alors que les personnes ayant eu recours à l’aide d’un tiers choisissent le message parlé seul à une large majorité. Ces dernières sont en moyenne plus âgées, moins à l’aise avec leur handicap et avec les déplacements, d’où une perception de la ritournelle comme stigmatisante et moins identifiable parmi des signaux sonores à consonance proche mais signification inverse.

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3.5. La moitié des utilisateurs de feux sonores s’en servent quotidiennement

L’enquête ne permet pas de déterminer la part des personnes déficientes visuelles qui se servent des feux sonores, puisque l’utilisation de ceux-ci était requise pour répondre au questionnaire. Même si ce n’était pas indiqué explicitement, seules des réponses d’utilisateurs étaient attendues. Les personnes n’utilisant pas les feux sonores n’ont d’elles-mêmes pas répondu, cela n’ayant aucun intérêt pour elles. Les rares réponses complètes de non-utilisateurs ont été retirées de l’échantillon (cf. partie 2.4.2. Filtrage)

Mais l’enquête permet de connaître la fréquence d’utilisation par les personnes qui se servent des feux sonores. 48 % d’entre elles les utilisent quotidiennement, 14 % environ une fois par semaine, 19 % occasionnellement, 10 % rarement parce qu’il n’y en a pas sur leurs itinéraires habituel. Enfin, 9 % ne les utilisent plus même si elles les connaissent et les ont déjà pratiqué. Ces personnes ont cessé de les utiliser parce qu’elles n’apprécient pas leur fonctionnement et/ou préfèrent traverser à l’oreille.

Comme l’on pouvait s’y attendre, la fréquence d’utilisation diminue avec l’acuité visuelle, mais dans des proportions limitées. Les personnes ne voyant rien sont 49 % à utiliser quotidiennement les feux sonores, comme les personnes qui ne distinguent que la lumière. Cette part baisse à 43 % parmi les personnes ayant quelques repères visuels, et à 35 % pour les personnes malvoyantes qui distinguent visuellement les feux tricolores. Les maîtres de chiens-guides, généralement aveugles ou presque et avec une moindre appréhension pour se déplacer, sont 59 % à utiliser quotidiennement les feux sonores.

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3.6. Les feux sonores sont trop souvent en panne ou mal réglés

63 % des réponses contiennent un commentaire dans la zone de libre expression proposée en fin de questionnaire. Plus précisément, 22 % des répondants ont formulé des justifications de leurs choix, repris des points déjà abordés par le questionnaire, apporté des compléments sur leur situation personnelle, complimenté ou critiqué la qualité du questionnaire. Ces remarques ont été utiles pour compléter des valeurs manquantes dans le reste du questionnaire ou pour recontacter leurs auteurs en cas de malentendu, mais n’apportent pas de plus-value en termes d’analyse. Par contre, 41 % des répondants ont abordé des questions relatives aux feux sonores et non traitées dans le reste de l’enquête, susceptibles d’apporter des informations complémentaires à cette étude.

Par essence, les commentaires libres sont disparates. Certains points sont tout de même mentionnés dans un bon nombre de commentaires, et sont listés ci-après.

  • 36 % des commentaires déplorent que la sonorisation des feux ne soit pas encore généralisée. Ce pourcentage est extrêmement élevé par rapport à ce que l’on peut rencontrer d’habitude dans des commentaires libres. Il est évident que ce taux dépasserait les 90 % si la question de la généralisation de l’équipement des feux était posée explicitement. Les villes où les feux sonores font le plus cruellement défaut dans des carrefours où ils seraient nécessaires sont Paris, Marseille et Montpellier. D’autres villes sont citées isolément : Avignon, La Rochelle, Lens, Limoges, Pessac, et de nombreuses villes de la banlieue parisienne. Le niveau d’équipement de ces villes ne peut pas être évalué en raison de leur trop faible présence dans l’échantillon, mais il paraît évident que les problèmes d’équipement des feux concernent une grande partie du pays. Dans les petites villes ou à la campagne, les feux sonores sont quasi inexistants. Ici les utilisateurs ne demandent pas une généralisation, ayant conscience du coût pour les petites communes, mais souhaitent que les carrefours stratégiques les plus fréquentés, complexes, et dangereux soient équipés.
    Selon les personnes ayant soulevé les problèmes de généralisation, débattre du type de message à diffuser prendrait davantage de sens si tous les feux pouvaient être équipés. Signalons cependant que changer de système serait d’autant plus compliqué si le nombre de feux à modifier était grand. Il n’est donc pas trop tôt pour lancer le débat, même s’il est évidemment secondaire par rapport à l’urgence de mieux équiper le territoire.
  • 27 % des commentaires font état d’un mauvais réglage de la puissance sonore des feux. Le volume est tantôt jugé excessif, tantôt inaudible, surtout dans les carrefours où la circulation est dense. Le déclenchement intempestif et simultané des messages sonores de tous les feux dans de grands carrefours nuit également à la sécurité des traversées. Ces problèmes, là aussi, se rencontrent partout, mais plus fréquemment à Paris et dans le Nord.
  • 23 % des commentaires signalent un manque d’entretien des feux, en particulier en Île-de-France, où ils sont trop souvent en panne. Jusqu’à un tiers des feux censés être sonores sont hors service d’après certains utilisateurs.
  • 7 % des messages demandent une harmonisation sur tout le territoire, avec notamment la possibilité de déclencher tous les feux sonores de la France, voire de l’Union européenne, avec une télécommande unique. Une norme existe en France, mais n’est pas appliquée uniformément. En pratique, beaucoup de systèmes cohabitent encore. Par exemple, un mécanisme vibrant au lieu de sonore est signalé dans la ville du Mans.
  • 5 % se plaignent de difficultés pour obtenir la télécommande servant à déclencher les feux. Certaines municipalités la distribuent gratuitement, mais encore faut-il que les personnes déficientes visuelles soient mises au courant. En dehors des grandes villes où les associations font un grand travail de communication, l’information a beaucoup de mal à circuler. Cela se vérifie d’autant plus pour les personnes qui ont perdu la vue tardivement et connaissent moins les associations.
  • 5 % demandent à ce que les feux soient sonorisés en permanence, ce qui permettrait de se passer de la télécommande, jugée encombrante. Un message codé permanent mais discret afin de ne pas gêner les riverains est diffusé dans des villes de nombreux pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la République tchèque, les Pays-Bas, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni et le Canada. Le son est bien différent de la ritournelle, avec dans certains cas des bips graves, dans d’autres une sonorité proche du marteau ou encore du chant d’oiseaux. Par ailleurs, une personne signale qu’en Irlande, les feux sont munis d’un schéma en relief, qui permet de se représenter mentalement le carrefour. C’est une piste à creuser, ce dispositif probablement peu coûteux pouvant s’avérer appréciable dans les carrefours complexes.
  • 5 % demandent une communication des feux avec les smartphones. L’application GPS permettrait d’être guidé jusqu’au feu. Le message sonore pourrait être diffusé via le haut-parleur ou l’oreillette du smartphone dans la langue souhaitée, ce qui règlerait le problème des déplacements à l’étranger. Cela ferait une télécommande de moins à porter, et permettrait un déclenchement universel à condition de posséder un smartphone. L’utilisateur pourrait paramétrer les annonces des feux à sa convenance et le débat entre partisans de tel ou tel message serait définitivement clos. À moyen terme, vu les technologies déjà existantes, il est fort probable que les feux deviendront des « objets connectés », ne serait-ce que pour optimiser la gestion du trafic par un pilotage à distance. Cette connexion pourra être mise à profit pour une communication avec les smartphones des personnes déficientes visuelles.
  • 4 % demandent un décompte du temps restant avant le passage au rouge, afin de s’assurer qu’il est encore temps de se lancer dans la traversée s’ils atteignent le passage piéton à un moment où la phase verte est déjà bien avancée.
  • 4 % demandent à pouvoir déclencher sélectivement les feux dans les carrefours qui en comportent plusieurs, afin d’éviter la cacophonie résultant du déclenchement simultané de plusieurs feux sonores.
  • 3 % demandent que les annonces sonores soient courtes ou puissent être stoppées avec la télécommande au lieu de tourner sans interruption pendant toute la durée du feu. Ce type de flexibilité, éventuellement combiné avec la possibilité d’agir sur le volume avec la télécommande, permettrait de satisfaire à la fois les utilisateurs ayant des problèmes d’audition et ceux à la recherche de discrétion.
  • 3 % demandent l’annonce du nom de la rue sur le feu rouge, ce qui est déjà pratiqué dans certaines villes mais pas encore généralisé, étant autorisé à titre facultatif par la réglementation.
  • 3 % signalent que les boutons poussoirs sont à bannir, car les personnes déficientes visuelles ne les trouvent pas, alors que d’autres personnes s’en servent pour s’amuser et décrédibilisent ainsi les feux sonores.
  • 2 % regrettent une mauvaise orientation des haut-parleurs des feux.
  • 1 % demandent un répertoire national des feux sonores.
  • 1 % demandent d’indiquer l’orientation cardinale des rues dans les messages sonores.

Tous ces éléments cités spontanément par les participants sont autant de pistes qui pourraient être évaluées dans une autre enquête, afin de déterminer quelles proportions d’utilisateurs les partagent. Reste la question de leur faisabilité technique à court terme. Le présent questionnaire était focalisé sur une solution que l’on sait techniquement réalisable à moindre coût.

D’autres commentaires insistent sur des difficultés rencontrées dans les déplacements, les feux sonores n’étant utiles que si la voierie est accessible dans son ensemble. Encombrement des cheminements piétons par des potelets et obstacles en tout genre, bandes cyclables non délimitées sur les trottoirs et réduisant l’espace piéton, manque de balises sonores pour marquer les emplacements des arrêts de transports en commun, manque de sécurisation aux abords des rails de tramway, voitures électriques dangereuses car silencieuses, automobilistes peu respectueux des piétons, plaques de rues et numéros d’adresses trop hauts et pas assez contrastés pour les malvoyants, remplacement de carrefours classiques par des ronds-points, politiques d’aménagement dont les piétons sont la variable d’ajustement, autant d’éléments qui transforment les déplacements des personnes déficientes visuelles en parcours du combattant, que ce soit avec ou sans feux sonores.

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Annexes

Annexe 1 : Questionnaire tel qu’il a été diffusé à partir du 24/01/2014

Téléchargez le questionnaire ici.

Annexe 2 : Référence bibliographique

Les personnes en situation de handicap visuel : Apports de l’enquête handicaps incapacités dépendance
DREES, Études et Résultats, n° 416, Juillet 2005
Marie-Sylvie SANDER, Marie-Christine BOURNOT, Françoise LELIÈVRE et Dr Anne TALLEC
http://www.drees.sante.gouv.fr/IMG/pdf/er416.pdf