Les aveugles s’invitent au Périscope

Au Périscope, étaient projetés deux courts-métrages en noir et blanc, réalisés par Johan Van Der keuken. Le premier, « l’Enfant aveugle » (1964, 24 min) ouvrait des fenêtres sur la vie d’enfants fréquentant une institution spécialisée pour jeunes déficients visuels. La caméra les croise, les observe, sur leur temps scolaire, dans leurs activités de loisirs, sportives, culturelles, ainsi que dans les ateliers techniques et leur vie quotidienne.

Le second, « Herman Slobbe » (1966), suit plus personnellement des tranches de la vie d’un jeune, Herman, aussi bien chez lui que lors de ses temps de loisirs collectifs. Le cinéaste partage notamment de longs instants avec lui, dans ses activités musicales, ainsi qu’autour d’un de ses centres d’intérêt particulièrement fort, la radio.

Les deux documentaires prennent le temps de pénétrer les différentes ambiances sonores, en particulier celles de l’intérieur de l’établissement, celles de son parc, celles de la ville… On y entend des jeux, des voix, des chants, de la musique instrumentale… Quelques paroles de douleur savamment dosées, se font entendre au début, de la part de ces jeunes qui déplorent les commentaires ou attitudes posés sur eux. Mais l’artiste est là pour rétablir, corriger, et installer très vite un autre regard. Les filmes s’arrêtent longuement sur la gestuelle des enfants : ils mettent en valeur le toucher, en regardant les jeunes, manipuler une multitude d’objets, ou même caresser un oiseau… L’image paraît sensible à l’esthétique des corps, sans jamais verser dans la compassion. C’est un cinéma contemplatif, qui ne se veut pas savant, qui sait toujours garder la bonne distance, osant l’intime tout en préservant sans cesse la pudeur.

Les deux films étaient en version originale. J’ai bénéficié d’une lecture des sous-titres, en voisinage, de la part de Lola, permanente au Périscope. Ce fut une double performance pour elle : lire le texte, tout en improvisant la nécessaire audiodescription. Sans doute grâce à sa formation d’artiste, elle a magnifiquement réussi l’exercice, car elle a su instantanément choisir les éléments qu’il convenait de décrire.

Un grand merci à Lola donc, au Périscope, et à l’association les inattendus, organisatrice de la soirée. Pour ce qui était de l’inattendu, cette adaptation spontanée en tenait en effet le rôle principal mais discret.

Jean-Paul CHANEL