Comment s’approprier l’information écrite ou visuelle quand on est aveugle ou malvoyant

Lors des « fenêtres ouvertes sur le handicap visuelle », organisées par l’APRIDEV ce samedi 7 novembre le sujet des débats portait sur l’accès à l’information passant par la vision, par les personnes aveugles et malvoyantes.

Approche cognitive et mentale de l’information

Le braille est important pour l’orthographe et l’analyse d’un texte, et pourtant beaucoup de personnes déficientes visuelles ne lisent pas le braille.

Une première école pour aveugles (Valentin Haüy) a imaginé une écriture en relief à la fin du XVIIIe siècle, mais la lecture reste encore très laborieuse. Puis, Louis Braille a élaboré l’écriture à partir du système de points qui a permis une lecture plus simple. Mais l’élaboration du sens est malgré tout réduite. Se servir des 2 mains pour lire permet une lecture plus rapide avec le changement de ligne, et donc la capacité de traiter 2 informations en même temps. Mais il y a toujours des difficultés à l’accès complet de l’information (problème pour se procurer les documents en braille, des schémas, des illustrations…). Le braille éphémère sur plage tactile existe pour un accès à l’informatique, mais les aveugles arrivent mieux à se repérer sur un texte papier (pour le repérage des paragraphes par exemple).

Les malvoyants, quant à eux, arrivent beaucoup à compenser, avec des agrandissements, et en faisant jouer la mémoire, la concentration, la synthèse, leur culture. Mais les malvoyants ont aussi une grande fatigabilité oculaire, et ayant souvent du mal à accepter psychologiquement le braille, préfèrent alors l’audio. L’important est de pouvoir leur donner le choix dans leur méthode de lecture (écriture imprimée, braille, audio ou combinaison de plusieurs modes).

La lecture visuelle permet de lire environ 500 mots par minute, le braille environ 100 mots par minute, et l’audio 200 mots par minute (avec possibilité d’accélérer le rythme jusqu’à 250 mots à la minute).

Historiquement, la lecture était d’abord auditive et se faisait par des tiers, à présent elle peut se faire également par une voix de synthèse, ou même par la voix d’un tiers à travers Skype ou téléphone (lecture d’un courrier ou d’une ordonnance par exemple). Ce sont des outils de lecture en temps réel, mais il existe aussi des outils en temps différé, comme les bibliothèques sonores, CDs, MP3.

Définition de la lecture : décoder ou s’approprier le sens d’un texte.
Cette appropriation peut se faire, d’un émetteur à un récepteur, par différents canaux qui sont le visuel, le tactile et l’auditif (malgré ceux qui pensent que l’audio ne peut être de la lecture). L’entrée sensorielle est différente mais l’analyse cognitive et lexicale sera la même, bien que le médiateur auditif rendra un peu plus difficile la maîtrise de l’orthographe, le maintien de son attention, et la compréhension du sens du texte à travers une voix désincarnée (ne soulignant pas les ponctuations, intonations). C’est l’exemple de la différence entre un roman qui serait lu par une voix humaine ou une voix de synthèse. De plus en plus de livres sont téléchargeables mais le plaisir de la lecture n’y est pas forcément.

Il est également toujours plus difficile de réfléchir mentalement qu’en s’appuyant sur un texte écrit. Le braille aide donc à l’analyse de détails précis. De plus, il est impossible de mémoriser et répéter rapidement une phrase complexe ; cependant, il est possible de l’interpréter et la reformuler par des déductions. L’audio serait donc une lecture plus subjective.

Enfin, le média qui apporterait le plus de confiance auprès du public serait la radio. Alors que les images attirent plus, que le texte est plus détaillé, la radio reste un média de proximité et en direct, prenant en compte les avis et réactions des auditeurs, la voix pouvant transmettre dans l’intonation, la sincérité, la persuasion, le plaisir…

En conclusion, nous avons besoin d’être multimédia, chaque mode de lecture apportant quelque chose de différent qui se complète.

Révolution du numérique

atouts et enjeux

Le développement de l’informatique a permis une bien plus grande accessibilité à l’information par les personnes déficientes visuelles, mais il y a une grande difficulté dans l’utilisation de l’outil pour y arriver. Il est nécessaire d’avoir connaissance des raccourcis clavier, ce qui entraîne souvent des démotivations.

Pour les malvoyants, Il est aussi difficile de lire un site avec un grossissement d’écran qui n’aura pas une vision globale, et souvent besoin d’adapter avec des contrastes, moins de couleurs, et d’épurer les informations.

Des solutions ont été apportées avec le site de handicap Zéro, ou la création de plateformes qui épurent les informations (le Localisateur, Voxiweb), mais cela reste des informations restreintes.

Il existe également les problèmes des capchats essentiellement visuels, image contenant un texte à recopier.

La loi de 2005 oblige les services publics à appliquer les normes d’accessibilité RGAA, mais le décret d’application n’en publie les techniques qu’en 2009 avec un délai de 2 à 3 ans.

En 2012, l’Etat considère donc que l’ensemble est accessible, et en 2014, une enquête de Braille net constate que seulement 3 % en ont fait la déclaration, et sur ces 3 %, un seul (le Conseil général) respecte véritablement les critères d’accessibilité.

L’ARAD (agence régionale pour le développement de l’écrit et de la lecture) a fait un grand travail de mise en accessibilité pour les publics empêchés. Un petit guide sur le handicap a été édité et diffusé dans les bibliothèques. De nombreux livres ont été numérisés, mais l’accessibilité numérique reste encore à 2 %, car il reste encore une grande difficulté concernant tout le patrimoine ancien et précieux sous forme d’images, ainsi que toute la presse ancienne sous forme d’articles en colonnes entraînant des incohérences et la perte d’une partie des informations pouvant enrichir sa connaissance).

Rédigé par Gladys Valatx