6ièmes assises nationales de l’accessiblité

les sixièmes assises nationales de l’accessibilité se sont déroulées les 12 et 13 juin 2014 dans le hall 4 du parc des expositions de la porte de Versaille.

Se rendre aux assises de l’accessibilité n’a vraiment pas été une sinécure, dans le parc des expositions de la porte de Versailles. C’est un vrai désert urbain, aucun dispositif de guidage pour les personnes déficientes visuelles, aucun accueil prévu, que ce soit à la station de métro ou aux entrées du parc. Les quelques personnes rencontrées sont aussi perdues que nous… Donc aucun espoir d’obtenir de l’aide.

Pas d’amélioration à l’intérieur du hall 4, seuls quelques jeunes bénévoles ou visiteurs volontaires mal informés nous proposent leur aide pour nous orienter, nous guider, mais connaissent les mêmes difficultés de repérage que nous.

Les bandes de guidage ne sont installées que dans la partie déficients visuels du salon Autonomic. En revanche, dans les allées principales qui mènent aux salles de conférence, aux cafétérias ou aux toilettes, il n’existe aucun dispositif de guidage pour les aveugles et les malvoyants.

Nous découvrons par hasard, un gigantesque plan en relief et en braille dont tout le monde ignore l’existence qui, de toute façon est très difficile à appréhender. Outre ce plan, trois brochures en braille reçues à la fin de la deuxième journée du salon Autonomic, dont personne ne connaissait le contenu, donnaient la liste des exposants et la liste des animations.

Première journée des assises

Ces assises ont été ouvertes puis animées par Marie Prost-Colletta, Déléguée ministérielle à l’Accessibilité.

Nous avons été scandalisés par la manière dont les personnes déficientes visuelles ont été discriminées. Les questions aux intervenants devaient être inscrites sur des post-its récoltés par des personnes se déplaçant dans la salle. A la fin de l’intervention, ces questions étaient soumises à l’orateur. L’accessibilité universelle en 2014 consisterait donc pour les déficients visuels à interpeller des dames de salles dans un colloque de 300 personnes, après avoir inscrit sa question sur un post-it !
Un petit mot à l’intention des personnes déficientes visuelles, de la part de madame la Déléguée ministérielle durant son discours d’ouverture aurait été apprécié. Et lorsque très poliment, cette remarque a été faite à Marie Prost-Coletta, la seule réponse qu’elle a eu l’obligeance de nous donner, était que nous aurions pu demander à nos voisins. Elle a ajouté que, de toute façon, nous étions bien connus pour faire du bruit pour rien…

Cette première journée abordait l’accessibilité de façon générale.

En premier lieu, Agnès Marie-Egyptienne, secrétaire générale du Comité interministériel du handicap, explique le rôle du CIH et les décisions de la CNH, Conférence Nationale du Handicape.
Le Comité Interministériel du Handicape, créé en 2009, est composé de la quasi-totalité des ministres du Gouvernement et présidé par le Premier ministre. Le CIH est chargé de définir, coordonner et évaluer les politiques conduites par l’Etat en direction des personnes handicapées. Il adopte en outre le rapport sur la mise en œuvre de la politique nationale en faveur des personnes handicapées – rapport rédigé à l’issue de la conférence nationale du handicap (CNH). Ce rapport porte notamment sur les actions de prévention des déficiences, de mise en accessibilité, d’insertion, de maintien et de promotion dans l’emploi, sur le respect du principe de non-discrimination et sur l’évolution de leurs conditions de vie.

Le CIH s’appuie sur un secrétaire général placé auprès du Premier ministre.
Le secrétaire général du CIH prépare ses travaux et est chargé de coordonner et de suivre la mise en œuvre des décisions prises par le CIH. Il est en outre chargé d’assurer le secrétariat du conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) et de l’observatoire national sur la formation, la recherche et l’innovation sur le handicap (ONFRIH).  

CNH – Conférence Nationale du Handicap

Depuis le vote de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, le Gouvernement a mis en place une Conférence Nationale du Handicap -tous les trois ans- afin de débattre des orientations et des moyens de la politique concernant les personnes handicapées.

Les fondamentaux

  • Conforter la loi de 2005 et permettre à ceux qui ne seront pas au rendez-vous de se mettre en accessibilité,
  • Réaffirmer l’inéluctabilité de la date du 1er janvier 2015 et de son dispositif de sanction pour les manquements à son application.

Les axes forts

  • Créer un outil pour poursuivre la mise en accessibilité : l’Agenda d’Accessibilité Programmée (Ad’AP),
  • Redéfinir les normes d’accessibilité applicables aux ERP,
  • Compléter les normes pour satisfaire des attentes oubliées par la réglementation.

Ensuite, plusieurs intervenants se sont succédés pour expliquer l’AD’AP (Agenda D’Accessibilité Programmée) qui permettront aux acteurs privés et publics de s’engager sur un calendrier précis et resserré de travaux d’accessibilité dont l’échéance pourrait aller jusqu’à 9 ans à partir de 2015.

L’après-midi est introduite par la sénatrice Claire-Lise Campion, présidente de l’OBIAÇU (observatoire interministériel de l’accessibilité et de la conception universelle) et auteur du rapport « Réussir 2015 » sur l’accessibilité. Elle détaille notamment les outils qui ont été utilisés pour aboutir à ses 40 propositions. Elle met l’accent sur les nombreuses heures de concertations entre les différents acteurs pour arriver à la publication de ce rapport.

Christophe Sirugue (rapporteur pour l’Assemblée Nationale au PS) prend la parole après madame CAMPION. Il expose les débats et le déroulement des discussions concernant les derniers amendements portés aux votes, dans la nuit du 11 au 12 juin et votés par seulement 36 députés sur 577, soit 6% de nos représentants à l’assemblée Nationale.

Deuxième journée, vendredi matin

C’est une demi-journée plus technique

Françoise FOLACCI, architecte de sécurité à la Préfecture de Police de Paris, a abordé l’évacuation des personnes handicapées dans les établissements recevant du public (ERP).

Puis Laurent SABY, chef de projet accessibilité au CEREMA, a énuméré la production des documents et les champs d’action du CEREMA, centre de ressources et d’expertises techniques et scientifiques en appui aux services de l’État et des collectivités locales, dans les champs de l’aménagement et du développement durable.

Rémy Rochon pour EO Guidage, a ensuite abordé la sonorisation du signal R25 (Feux tramways et bus à haut niveau de service). Encore un nouveau dispositif sonore qu’il faudra identifier dans un environnement bruyant. Sur la phase rouge piétons, nous aurons un message parlé qui signifiera « stop tramway ou stop bus », et sur ce qu’on appel le « non rouge », nous entendrons une sonorité différente de celle de la « ritournelle » (cloche du rouge piétons des feux tricolores). Imaginez-vous à une traversée de chaussée et de plateforme de tramway ! « Quelle cacophonie incompréhensible ! »

Enfin, Thierry James, président de la commission accessibilité de la CFPSAA, nous a expliqué l’utilité et la normalisation des bandes de guidage.

Pour clore ces assises, le seul moment intéressant de ses deux journées, a été la remise aux 11 lauréats des trophées du recueil des belles pratiques et bons usages en matière d’accessibilité de la cité 2013-2014.

Un moment véritablement chaleureux et authentique de ces assises, cette remise de trophées consiste à récompenser et à mettre en valeur des réalisations exemplaires au niveau local qui, dans l’esprit de la loi du 11 février 2005, améliorent la qualité d’usage et de vie des personnes en situation de handicape. Pour cette deuxième éditions des trophées, 140 dossiers ont été retenus et 11 de ces projets ont reçus une récompense.

Parmi ces 11 lauréats, on remarque un cœur de bourg qui a été rendu complètement accessible, juste par la volonté d’un seul homme, le Maire qui a réussi à convaincre ses administrés du bien fondé de sa démarche.

La médiathèque de Beauvais a aussi été rendue totalement accessible, tant au niveau du bâtiment que par la mise en place de postes informatiques adaptés pour les déficients visuels…

Conclusion

Ces assises au rabais sont plus que décevantes en rapport à l’importance des enjeux.
Une ambiance froide, due au manque d’interactivité, puisque personne ne pouvait intervenir directement.
Aucune découverte dans le domaine de l’accessibilité, aucune annonce de projet innovant, chacun se félicitant pour ses initiatives.

Lilia Ouerdi et Alain Carlier