Formation Keolis du 14 novembre 2013

Participants

  • Brigitte, la formatrice
  • Glewnda, représentante du CARPA
  • Simone, représentant le handicap auditif, association ALDSM
  • Myriam, représentant le handicap moteur (le matin) association CARPACCESS
  • Didier, représentant le handicap moteur (l’après-midi) association CARPACCESS
  • Pierre, représentant le handicap mental accompagné de Marc) association ADAPEI
  • J.Paul, représentant le handicap visuel, association Point de Vue sur la Ville

4 agents TCl, 2 filles et 2 garçons

  • Cristelle, ancienne conductrice, répond aux bornes d’appel dans les stations de métro
  • Nathalie, nouvelle recrue dans les services administratifs
  • Les 2 garçons œuvrent dans la maintenance informatique et signalisation

Comme on peut le constater il y avait bien peu de représentants du personnel TCL. C’est la première fois que les intervenants au titre du handicap étaient aussi nombreux que les personnes à sensibiliser. La journée n’en a pas été moins intéressante pour autant.

Matinée

Arrivés pendant la récré de 10 h nous, représentants des divers handicaps, avons pris place autour de la table. La séance a repris après un tour de présentation afin que chacun soit bien identifié par son prénom et sa fonction ou représentation.

C’est Myriam qui a commencé les échanges puisqu’elle devait partir en fin de matinée. Elle a expliqué ses difficultés de déplacement avec les transports. Elle utilise beaucoup le Tramway parce qu’il n’y a pas d’ascenseur, que l’accès est facile, qu’il y a de la place et qu’elle descend où elle le décide. Le bus est moins confortable pour elle, elle le prend aussi. Elle ne prend plus le métro, les ascenseurs sont souvent en panne, elle ne supporte plus d’être coincée et de perdre beaucoup de temps. Elle a expliqué que quand un ascenseur est en panne, elle est obligée d’aller à la station suivante, trouver le moyen de passer sur l’autre quai pour faire demi-tour pour revenir à la station précédente et, peut-être, trouver un ascenseur qui fonctionne pour sortir là où elle voulait. C’est une vraie galère.
Il y a eu un échange avec la personne qui répond aux bornes d’appel en station : « Ces bornes ne servent pas que pour l’urgence ». C’est une idée reçue, elles peuvent être sollicitées par chacun pour obtenir de l’aide ou un renseignement, mais tout le monde ne le sait pas. »
Quoiqu’il en soit, s’il n’y a pas d’agent TCL en station, il faut bien se débrouiller tout seul et faire le parcours décrit plus haut. Nous avons aussi appris que les agents TCL n’étaient pas couverts par les assurances s’ils portaient un fauteuil dans des escaliers. Pour Myriam, prendre le métro, c’est la double peine… Nous avons eu un discours pratiquement identique avec Didier mais, comme il est un peu plus aventurier, il prend le métro mais pas sans appréhension…

Simone sans pouvoir entendre se débrouille très bien en lecture labiale. Elle a très bien suivi nos échanges, c’était une chance pour elle que nous ne soyions pas nombreux. Elle a vanté les écrans des bus et tramways et reproché qu’il n’y ait rien dans les voitures du métro, les annonces sont sonores, pas visuels. Les agents TCL nous ont expliqué que l’âge du métro ne permettait pas beaucoup de modifications, il tourne depuis 42 ans…

Pierre utilise les bus pour aller de Caluire à Vaulx-en-Velin pour se rendre dans son ESAT. Il est important pour lui qu’il n’y ait pas d’incidents sur son parcours, sinon c’est la galère. Son parcours est bien établi, s’il se passe quelque chose, les chauffeurs de bus sont habitués et font le nécessaire auprès des TCl pour que l’assistance se mette en place. Dans ce cas, ce sont les AMIS qui interviennent. Toute cette organisation a demandé du temps, de l’habitude, de la confiance en soi pour Pierre, il n’est pas peu fier d’être autonome pour se rendre à son travail. Les agents TCL ont mesuré à quel point la fiabilité du service était indispensable et obligatoire. Il eût été bien qu’il y eût plus de chauffeurs en fonction dans la petite assemblée de ce 14 novembre comme dans les autres aussi.

Quant à moi, aveugle depuis quelques années, , j’ai vanté le métro qui est le moyen idéal pour les déplacements, pas besoin de demander un arrêt, pas besoin de chercher un bouton pour ouvrir une porte, pas besoin de demander où l’on se trouve, bref, que des avantages. J’ai évoqué les annonces intérieures et extérieures des bus, les agents de maintenance m’on certifié que si il avait quelque chose sur l’écran, les annonces devaient s’entendre aussi, le système est prévu ainsi. Quant à l’annonce extérieure des bus, c’est fonction du renouvèlement du parc d’autobus, tous les nouveaux sont équipés de cet avantage pour nous aveugles et malvoyants. J’ai peu parlé du tramway, je le prends très peu.
Nous avons échangé sur d’autres sujets, par exemple Nathalie a voulu comprendre l’intérêt que j’avais à aller au cinéma. Il m’a fallu expliquer que le cinéma c’était des images mais pas seulement. J’ai expliqué que les sons étaient là pour souligner une ambiance, par exemple pour faire ressentir qu’il fait très chaud, il faut mettre des bruits d’insectes, des craquements de brindilles sous les pas et pour le froid, il y a souvent du vent qui siffle dans les arbres ou les portes. Seule l’image ne peut pas tout et qu’il y a bien des choses auxquelles je devais être plus sensible qu’elle, elle ne l’a pas contesté. J’ai aussi expliqué que je lisais grâce à des machines informatiques, pourquoi j’allais au musée écouter les guides qui nous font découvrir la peinture, la sculpture et bien d’autres choses. Sans avoir la prétention d’accéder à tout, chaque curiosité fait l’objet d’une sélection, c’est une affaire de goût comme tout le monde, pourquoi s’en priver. C’est grâce à tout cela que nous, les personnes handicapées, nous pouvons participer à la vie sociale.

Après-midi, mise en situation

L’après-midi en extérieur s’est bien déroulée. Toujours le même parcours, bus, tram, traversée de la gare de la Part-Dieu et retour au CARPA avec le métro.
Nos 4 compères, agents TCL, ont endossé chacun leur tour un handicap différent :

  • aveugle, un bandeau sur les yeux et une canne blanche en main
  • handicapé moteur, En fauteuil roulant
  • sourd, un casque insonorisant sur les oreilles

L’aventure a marqué les esprits. Nous, les intervenants handicapés, avons bien expliqué nos propres difficultés lorsque les systèmes d’accessibilités ne fonctionnent pas, surtout auprès des agents de maintenance.

Arrivé à la Part-Dieu côté Villette, Le tram nous a laissé bien plus loin qu’à son arrêt habituel sur le long quai où il stationne. Bien sûr il n’y a pas eu d’annonce de ce changement ce qui fait que je ne savais plus où j’étais. Ma télécommande de balise sonore qui, d’habitude, déclenche l’annonce me permetant de situer l’entrée de la gare, ne s’est pas manifestée. Nous étions trop loin. Un changement qui n’a pas la même importance pour tout le monde bien entendu.

Ensuite la traversée de la gare n’a pas été trop difficile, nous n’étions pas très nombreux et il n’y avait pas beaucoup de voyageurs non plus. Ainsi les annonces sonores déclenchées par la télécommande ont bien été entendues.

Puis, le métro a été accessible, les ascenseurs fonctionnaient ce jour-là.
Nous avons abordé le problème des lacunes entre le quai et la rame de métro plus ou moins larges en fonction des stations. Ce problème fait l’objet de nombreuses recherches de solutions qui pour le moment ne sont pas toutes satisfaisantes. Les stations n’ont pas toutes la même configuration, l’espace entre le quai et la rame n’est jamais le même d’où la difficulté de trouver une solution.

Retour d’expérience

De retour au CARPA, c’est le bilan de l’expérience. Nos aventuriers d’un jour étaient bien contents d’en avoir fini. Ils préféraient et de loin, leur place à la notre, comme on les comprend. Ce qui les a le plus éprouvé, c’est de jouer le rôle de l’aveugle. Ils se demandaient comment on pouvait s’en sortir sans voir. Là encore il faut argumenter et montrer son envi de ne pas rester enfermé et apprécier tout ce qui est mis en place pour nous rendre la ville plus accessible, même si ce n’est pas facile tous les jours…

conclusion

Cette journée s’est avérée encore bien nécessaire. Cependant pourquoi toutes ces annulations de dates et la réduction des deux tiers de l’effectif initialement prévu, il y avait 4 agents TCL au lieu de 10 ou 12 habituellement ? Il serait dommage que tout ceci marque le début de la fin de ces journées de sensibilisation.

Encore une fois, j’invite chacun à participer à ces journées, une bonne expérience de partage et de convivialité et en plus, dans la bonne humeur.

Rédigé par J.Paul Ribeyron