Canne-blanche Blues

Voici pour illustration, la « galère d’un miraud » dans un bus sans annonce 
sonore : 
ceci s’est passé le 1er décembre, sur la ligne Bus C20 ou C20e, voiture n° 2265.
 J’ai pris ce bus vers 14h00 à Bellecour. Le conducteur n’était pas à l’intérieur, je suis donc entré en demandant si c’était le C20 ou le C20e aux voyageurs déjà installés. Les 2 bus me conviennent, mais ne s’arrêtant pas aux mêmes arrêts, j’avais besoin de savoir si je devais descendre à « Saint-Alexandre » (C20), ou à « Saint-Irénée » (C20e).

Le bus a démarré et j’ai eu du mal à trouver une place debout, vu que ces nouveaux véhicules ne proposent plus de place ischiatique (assis/debout). 
L’emplacement était occupé par une poussette alors je suis resté debout, au milieu du bus.
 Une fois en place, je me suis rendu compte que l’annonce sonore ne fonctionnait pas. Je me suis alors renseigné auprès des voyageurs pour connaître les prochains arrêts. Il y avait déjà une confusion entre C20 et C20e pour certains, l’un deux avait la fiche horaire, mais cette dernière s’est révélée inexploitable, tous les arrêts n’y étant pas indiqués.
 Bref, une personne m’a assuré que le prochain arrêt était « Saint-Irénée», je me suis donc préparé à ma sortie, et quand le bus s’est arrêté j’ai 
demandé une nouvelle fois si c’était bien « Saint-Irénée », on m’a répondu que oui !

Et là commence la galère.
 Pensant être à Saint-Irénée, j’ai sitôt cherché des escaliers qui mènent rue des Fossés de Trion, mais malgré mon tâtonnement à la canne, je ne reconnaissais pas le lieu, alors j’ai fait demi-tour, peut-être que le bus s’était avancé plus en avant de son arrêt. Toujours rien…. je continue tout de même dans cette direction, car j’entends au loin le message d’un feu sonore que je déclenche avec ma télécommande, je me dirige, enfin, je pensais me diriger vers la place Saint-Irénée pour enfin rejoindre mon domicile. 
À l’approche de celui-ci, j’entends plus ou moins bien « montée de Choulans », alors je pense être du coup à l’arrêt « Saint-Alexandre». Je cherche dans ma tête pour me resituer, je me dirige plus avant vers le feu sonore et là j’entends sur le « rouge-piéton Montée de Choulans, traversée avec îlot central » !
 J’en déduis que je ne suis pas à Saint-Alexandre mais au carrefour Choulans / avenue de la Première DFL.

Je commence à ne plus savoir vraiment où je suis, je décide de remonter la rue – chemin de Choulans – direction Saint-Just. Tout en montant, je prends la décision de traverser, sachant qu’il sera plus facile pour moi d’emprunter le trottoir d’en face. C’est au cours de cette traversée que je bute sur un terre-plein, confirmant que je suis dans l’avenue de la Première DFL direction « Saint-Irénée », et non pas Chemin de Choulans. Je reviens sur mes pas, avec la trouille au ventre, car dans la Montée de Choulans ça débaroule très vite !
 Je réemprunte donc mon trottoir et entame la montée pour aller rejoindre la place Saint-Irénée. Au bout de quelques minutes de marche, je rentre en collision avec une multitude de panneaux, le trottoir ne me semble plus être accessible, je marche alors sur la chaussée tout en tentant de remonter sur ce dernier. 
Soudain une voix m’interpelle,  me conseillant de ne plus bouger et d’attendre ; je m’exécute immédiatement, enfin quelqu’un, sauvé !
 Cette personne est un automobiliste qui, après m’avoir vu « galérer », a fait demi-tour pour me signifier qu’il fallait à tout prix aborder l’autre trottoir, car celui où je me situe est en chantier de grande longueur. Il m’aide à traverser et je profite pour bien m’informer d’être bien, là où je pense être ! 
OK, je suis bien dans l’avenue de la Première DFL.

Me voilà en terrain identifié, ouf ! Je continue mon ascension. Je devrais approcher de la place Saint-Irénée, cela me sera confirmé par le message sonore du feu que j’attends avec impatience, mais rien ne vient.
 Je réfléchis une nouvelle fois, heureusement que je connais le quartier et j’en déduis qu’en suivant le trottoir, j’ai dû emprunter le cours Vailloud menant à 
Saint-Foy-Lès-Lyon, je fatigue. Je rebrousse chemin, je retraverse l’avenue de la Première DFL. Je commence à faire n’importe quoi. Je retrouve le trottoir en espérant ne pas tomber de nouveau dans les travaux. J’entends un bus, je fais signe, j’ignore s’il y a un arrêt, mais ce dernier stoppe et cela me permettra de me renseigner. Le chauffeur à d’emblée du mal à comprendre ce que je lui veux, je lui demande « dans quelle rue suis-je ? » C’est essentiel pour moi de le savoir afin de retrouver la bonne direction !  Le conducteur s’enquiert de ma destination, bref, sachant maintenant que le bus est le 49 je monte et je descendrai à « Saint-Irénée ».

Voilà où mène l’absence d’annonce sonore… Les gens m’ont renseigné, mais de travers. Je pensais être à un endroit et j’étais ailleurs ! Ma représentation mentale était fausse, mais je continuais mon parcours tout en l’ignorant. J’étais dans un lieu dangereux où peu de piétons déambulent donc pas possible de solliciter de l’aide… 
Par ce résumé, j’aimerai vous faire comprendre que pour un aveugle, l’annonce sonore n’est pas uniquement un confort, mais une 
information primordiale. Je vous invite plus particulièrement à être vigilant sur cette ligne (C20/C20e), car elle dessert le centre Wittoska, un foyer de personnes aveugles.

Je remercie les « messages-parlés » des feux sonores qui m’ont aidé à me situer géographiquement : sans eux j’y serai peut-être encore.

Georges Masson