Sytral : une dépense de 310 000 euros jugée inutile (Par Emmanuelle Sautot)

En juin, les personnes atteintes d’une déficience visuelle pourront bénéficier d’un service vocal d’informations dans le métro. Un dispositif superfétatoire et onéreux, d’après les mal-voyants.

« Cette application est tout simplement inutile pour les mal-voyants. C’est un joli gadget à 310 000 euros », tempête Souhila Diab la présidente de l’association Point de vue sur la ville, spécialisée dans l’accessibilité pour les aveugles et mal-voyants. « Pour nous, c’est un énorme gâchis, nous sommes déçus. » Le 1er juin, le syndicat des transports en commun lyonnais (Sytral) va mettre en place un nouvel outil destiné aux non-voyants : une application pour téléphones portables qui informe les personnes atteintes de cécité des temps d’attentes et éventuelles perturbations des métros via le bluetooth.

Un système d’information et non de guidage, que déplorent les membres de l’association Point de vue sur la ville. « A quoi sert de pouvoir lire les panneaux dans le métro si on ne peut pas entrer dans la station ? » s’interroge Souhila Diab. La présidente de l’association qui siège à la commission intercommunale d’accessibilité du Grand Lyon avait communiqué aux responsables de la communauté urbaine et du Sytral, les problèmes de guidage autour et à l’intérieur des stations de métro. « Notre demande prioritaire est le balisage sonore des stations. Grâce au son émis et actionné par notre télécommande, nous pouvons trouver l’emplacement exact d’une bouche de métro, puis être guidé vocalement à l’intérieur. Mais ceci n’existe pas. »

Aveugles, pas sourds

L’application téléchargeable sur téléphone portable permet de se tenir informé des temps d’attentes et des perturbations. Là encore, les mal-voyants restent perplexes. « Quand il y a des retards ou des grèves, tout est annoncé au micro », précise Lilia, une jeune mal-voyante. « Nous sommes aveugles, pas sourds ! » En fait, si cette application semble si peu convenir aux besoins des déficients visuels, c’est qu’ils n’ont pas été consultés lors de l’élaboration du système. Le 19 avril, pendant la conférence de presse de présentation de l’innovation aux médias, l’association Valentin Haüy et Point de vue sur la ville ont été citées. Les deux se défendent pourtant d’avoir été associées à ce processus.

M. Pommier, de l’association Valentin Haüy, assure que, pour le moment, personne n’a testé le dispositif. « Nous sommes conviés le 26 mai, juste avant l’installation définitive », précise-t-il. « Mais nous ne l’avons pas expérimenté en amont. » Même son de cloche du côté de Point de vue sur la ville. En 2009, quatre membres de l’association ont fait des essais dans la station de métro Bellecour. Ils ont ensuite fait des recommandations afin d’améliorer ce service. Puis, aucun retour de la société qui a développé le projet pendant deux ans…Jusqu’à l’annonce de sa mise en service. Les mal-voyants ont été mis devant le fait accompli.

Ultime faille du système, seuls 70% des téléphones portables seraient compatibles. Les Iphones et smartphones, très utilisés chez les personnes déficientes visuelles, ne l’étant pas. Ainsi, afin de bénéficier de ce service, M.Pommier devra acheter un nouveau téléphone portable. Le sien étant trop vieux. Mais il reste confiant, si « cette application n’est pas essentielle », il pense que « c’est un premier pas vers plus d’accessibilité ». Bernard Rivalta, le président du Sytral, a annoncé que tous les bus pourront être identifiés vocalement d’ici à 2015, la ligne 26 étant déjà opérationnelle. Pour les mal-voyants, il faudra encore attendre quatre ans pour avoir accès facilement aux transports en commun lyonnais…

Source : Lyon Capitale – 26 mai 2011