Accueil d’une personne aveugle

Parmi les personnes que vous aurez à accueillir, certaines auront un handicap visuel. Ce document suggère quelques attitudes à adopter pour faciliter la communication avec ces personnes, tout en gardant le respect de leur dignité. Malgré sa différence, la personne déficiente visuelle n’en reste pas moins un être humain. Si ce texte ne résout pas toutes les situations, la règle d’or est simple : parler le plus possible et, dans certains cas, établir un contact tactile discret. Restez naturel et tout se passera bien !

Tout d’abord, le handicap visuel recouvre des réalités extrêmement variées. Du simple trouble de vision à la cécité totale, il existe un large éventail de pathologies. Certaines personnes voient flou ou double, d’autres ne voient que sur les côtés, d’autres encore ont un champ visuel tubulaire tellement restreint qu’elles ne voient que ce qui se trouve juste devant le bout de leur nez. Finalement, quand on est face à une personne totalement aveugle, il est bien plus facile de comprendre ce qu’elle voit, puisqu’elle ne voit rien. Ensuite, les besoins et les attitudes de la personne pourront être différents selon le moment où le handicap est survenu. Par exemple, un aveugle de naissance n’a pas obligatoirement conscience de l’importance de lever son visage vers son interlocuteur. De même qu’il aura pu, en l’absence de modèles visuels, développer certaines gestuelles qui peuvent passer pour des tics. Dans ce cas, essayez d’en faire abstraction et ne lui attribuez pas d’autres handicaps qui ne le concernent pas, comme le handicap mental ou psychique. Inutile d’en rajouter !

Si la personne déficiente visuelle vient accompagnée, c’est avant tout pour se faciliter le déplacement, mais en aucun cas pour se faire représenter. Alors, quand vous prenez la parole, ne vous adressez pas systématiquement à l’accompagnateur ! Celui-ci est d’ailleurs souvent moins au courant des démarches à accomplir que la personne handicapée elle-même. L’échange sera donc bien plus fructueux si vous allez droit au but. Même si son regard ne vous suit pas, qu’il soit mouvant ou mal orienté, la direction du son de votre voix ne trompe pas. Impossible pour vous de regarder par la fenêtre pendant que vous parlez sans que votre interlocuteur s’en aperçoive !

Dans le cas où le déficient visuel n’est pas accompagné, il aura sans doute besoin d’une aide plus présente de votre part. Alors, tâchez de le repérer avant qu’il ait fait quatre fois le tour de la pièce sans savoir où s’arrêter. La course d’orientation est certainement une activité très enrichissante, mais l’endroit n’est pas l’endroit idéal pour la pratiquer ! Pour vous, il se pose un problème. Une canne blanche ou un chien guide ne passent pas inaperçus et cela risque d’attirer instantanément votre attention. Mais nombreux sont les malvoyants qui se déplacent sans. Dans ce cas, seul votre sens de l’observation et un peu d’habitude vous seront utiles. En restant assis à votre place, vous pouvez guider quelqu’un à la voix. Il vous faudra alors employer les mots les plus précis possibles et ne pas compter sur votre interlocuteur pour qu’il interprête les signes que vous lui adressez. Bannissez les expressions qui font appel à un référent visuel, du genre: « Par ici ! », « Par là ! » ou même « C’est tout droit ! ». N’oubliez pas de signaler les éventuels obstacles. Une armoire suspendue est beaucoup plus dangereuse qu’une marche ou qu’un meuble au sol, car la canne ne détecte que ce qui est par terre et rien n’avertit de ce qui se trouve à hauteur du visage. Si le téléguidage vous est trop difficile, levez-vous simplement et offrez votre bras. Placez-vous du côté opposé à la main qui tient la canne ou le harnais du chien. Si la personne déficiente visuelle se tient un peu en arrière, c’est simplement pour pouvoir anticiper grâce aux mouvements de votre corps. Vous n’avez pas besoin de vous retourner ou de la ramener de force vers l’avant. Une fois arrivés à votre bureau, le plus dur est fait. Reste à indiquer à la personne où s’asseoir. Il suffit de lui guider la main pour la poser sur le dossier de la chaise. Elle prendra ainsi ses repères et pourra se débrouiller seule. Ne tirez pas la chaise à sa place, ne la soutenez pas, elle n’en a pas besoin. Et moins vous l’entraverez dans ses mouvements, plus il lui sera aisé de prendre possession de l’espace.

Si vous êtes en l’entretien : Ne laissez jamais le silence s’installer. Expliquez ce que vous êtes en train de faire et, si vous devez vous absenter un instant, dîtes-le, car cela évitera à votre interlocuteur de parler dans le vide. Il serait dommage que ce soit le dossier de votre chaise qui profite de sa conversation. Si vous devez remettre des documents, proposez toujours d’en faire la lecture, ou, tout au moins, expliquez clairement de quoi il s’agit. L’accompagnateur, quand il est là, peut aussi remplir cette fonction, mais ne l’obligez pas ! Si les papiers remis au demandeur sont de différentes natures, le déficient visuel appréciera que vous les distinguiez par un élément tactile ou clairement visible dans le cas d’un malvoyant ayant accès à la lecture. Des trombones, agrafes ou clips métalliques peuvent s’avérer très utiles. S’il s’agit de documents que vous pouvez remplir vous-même rapidement, une telle attention sera la bienvenue. Quand les transcriptions en braille existent, elles peuvent être très appréciées, donnant ainsi à la personne aveugle une impression d’autonomie dans ses démarches. Toutefois, parmi les déficients visuels, ceux qui lisent couramment le braille ne représentent qu’un petit nombre. Nul n’est besoin de surcharger les autres avec des masses de papiers dont ils ne sauront que faire. Si la personne doit apposer sa signature quelque part, guidez son index à l’emplacement précis où elle doit le faire. Si elle voit suffisamment, vous pouvez aussi pointer la case vous-même, mais maintenez votre doigt en place jusqu’à ce qu’elle l’ait localisé. Le passage éclair d’une tâche sur la feuille n’est malheureusement pas une indication suffisante.

Une fois l’entretien terminé, vous pourrez proposer votre aide pour accompagner la personne à la sortie ou vers un autre bureau si nécessaire. Décrivez-lui en quelques mots l’endroit où vous la quittez. Pour la saluer, si vous avez le réflexe de tendre la main, elle risque de ne pas la percevoir. Accompagnez donc votre geste d’une phrase du type : « Je vous serre la main. » ou effleurez légèrement son avant-bras de votre main libre pour attirer son attention.

En conclusion, rien de bien sorcier ! Parlez, parlez et parlez encore ! Communiquer avec un aveugle, c’est le paradis des bavards ! Et la plupart d’entre eux sauront très bien vous expliquer ce qui leur convient le mieux. Écoutez-les !