Restitution de l’étude TIMODEV

Le 30 octobre2015, a eu lieu à Bron, la restitution de l’étude TIMODEV qui portait sur l’utilisation par les personnes déficientes visuelles, de plusieurs modes de transport connectés.
Trois représentants de Point de Vue sur la Ville, qui avaient participé à l’étude étaient présents : Odile Boisson, Georges Masson et Jean-Paul Chanel, ainsi qu’une autre personne déficiente-visuelle d’Aix-les-Bains, Christianne Massala.

Les objectifs de la recherche ont d’abord été rappelés : « étude des situations d’inter modalité dans les déplacements, repérage des difficultés physiques, observation des stratégies d’orientation, dans le but d’avoir des connaissances scientifiques en vue d’élaborer des recommandations, des diagnostics. »

L’étude a essentiellement porté sur les réseaux francilien, grenoblois et lyonnais. Une partie de l’échantillon choisissait son parcours, l’autre se voyait une destination imposée. Le constat est fait que les nombreux acteurs qui gravitent autour des transports publics (et notamment autour des pôles d’échanges entre différents moyens) manquent de référence : peu d’expériences sont capitalisées.

Résultats : Le métro semble avoir la préférence des aveugles et malvoyants.

remarque de Point de Vue sur la Ville concernant les bandes d’éveil à la vigilence (BEV) :
– en amont des escaliers descendants, le dispositif indique d’être attentif à la descente,
– alors que ce même dispositif en bordure de quais, indique de s’arrêter immédiatement car il y a danger.
Il s’agit du même messages tactile pouvant porter à confusion et par conséquent se révéler dangereux.

Le bus est évité en raison du passage de plusieurs lignes aux mêmes arrêts, de la signalétique pas toujours claire, de la variabilité des arrêts et du fait que ceux-ci ne sont pas toujours marqués qui entraîne une difficulté pour trouver les abris-bus et arrêts.

Le tramway est craint en raison de la traversée des voies et des dénivelés.
Quant au RER, l’affluence de passagers et l’existence de fourches de directions pose des difficultés.

Plus généralement, l’obligation de traverser des rues pour les changements, crée un sentiment d’insécurité. Les changements les plus difficiles sont tramway / train et bus / train.

Éléments facilitant auxquels ont recours les personnes déficientes visuelles :

préparation des itinéraires, recherche d’horaires sur des applications, mémorisation de l’environnement, annonces sonores des arrêts, repères auditifs et résonnance, aide animale, repères olfactifs, positionnement sur le quai aux endroits stratégiques, repérage des portes, laisser passer une rame, repères kinesthésiques, couleurs, phares, placement dans le véhicule, comptage des stations, typologie de la ligne, recherches des passages aériens-souterrains, demandes de renseignements ponctuels aux passants et voyageurs, astuces diverses etc.

Stratégies pour les correspondances :

Utilisation de sens interdits, repérages sonores, présence de groupes musicaux etc.

Éléments perturbants :

longueurs de rames différentes, espace entre le quai et la voiture (lacune), double quai, terminus avec quai central, flux des voyageurs, incohérence de la signalétique, annonces vocales non systématisées ou désactivées, éclairage des stations très hétérogène, connaissance des tarifs en Île de France, bruits de moteurs, travaux, pas de vis-à-vis des arrêts d’un sens à l’autre pour les bus, trottoirs arrondis, stations de vélos, présence de 2 types de valideurs dans le tramway en Île de France… Attention aux repères instables. Les bandes de guidage sont utiles quand le parcours est connu et quand elles sont actualisées en fonction des aménagements (parc à vélos sur le trajet…).

Remarques : Les applications GPS ont été peu utilisées. En province, à la différence de l’Île de France, on n’utilise pas d’application hormis la télévente.

Propositions d’amélioration :

Il s’agit de la sonorisation de l’information, de la signalétique notamment gros caractère et contraste, du repérage tactile, de la fermeture des quais de métro et de la création de zones piétonnes autour des stations de tramway. Il faut aussi songer à l’alignement des feux.

Remarque de Point de Vue sur la Ville, sur le mobilier urbain implantés dans ses espaces et tout particulièrement sur les potelets blessants en cas de collision , préférence de barrières.

Enfin, on n’insistera jamais assez sur la nécessité d’une présence humaine sur les lieux de correspondance. Il ne s’agit pas de favoriser l’assistance, bien au contraire, mais le petit coup de pouce opportun est parfois juste ce qu’il faut pour continuer de cheminer en autonomie. C’est parfois juste une petite information qui manque au bon déroulement du trajet. La sécurité doit avant tout être privilégiée.

Remarques de Point de Vue sur la Ville à propos de l’intérieur des bus, tramway et métro : plus de barres longitudinales pour se guider, se maintenir, sièges amovibles empêchant la station debout.

Nous avons échangé également quelques mots, ou plutôt quelques maux, à propos des espaces partagés.

Conclusion :

Il existe quantité de solutions. Le plus gros problème est celui de l’organisation et de la connaissance de la part des décideurs. Il faut coordonner les acteurs des différents domaines.

ConclusionPoint de Vue sur la Ville :

Il faut certes toujours se méfier des évidences. Cependant, nous sommes ravis de constater que la Science cautionne notre pratique quotidienne. Au fond, tout comme Monsieur Jourdain, il suffisait d’en prendre conscience…

Rédigé par Jean-Paul Chanel