Accessibilité des transports au pays du soleil levant

Konichiwa depuis le Japon !

C’est principalement dans le domaine des transports, largement pratiqués, que je pourrais dire quelques mots de ce que j’ai perçu en matière d’accessibilité au Japon.

Le premier fait que je veux signaler, c’est celui de la présence humaine, élément important d’accessibilité. Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre dans un pays où pullulent les machines électroniques en tous genres, le Japon a conservé en nombre, des emplois d’agents en chairs et en os, aux guichets des gares, dans les stations de tramways, près des automates qui délivrent les tickets… On montre encore son billet à un employé avant d’accéder au quai. Nous avons vu des receveurs dans les tramways ; ils étaient même parfois deux, comme à Hiroshima… Un petit goût rétro pour nous qui venons d’un pays qui a subi la purge aux postes de travail.
Certes, l’âge apparent de certains de ces travailleurs, qui devraient pouvoir vivre décemment d’une pension de retraite, laisse interrogatif quant à la précarité de tels emplois…
En tout cas, pour ce qui nous concerne, il est important de savoir que l’on peut compter sur du personnel vivant pour obtenir des informations ou pour se faire aider à la prise de billets. Je ne sais s’il existe l’équivalent d’Accès Plus (accompagnement des personnes handicapées à la SNCF), mais je pense que les agents sont disponibles, à en juger aux aides spontanées qui nous ont été proposées pour l’accès aux trains.

Petit goût rétro également dans le look de certains tramways, que nous avons pris par plaisir vu qu’ils doivent dater des années 50 et qu’ils sont bien colorés. Mais ne soyons pas trop affectueux à leur égard : avec leur marchepied, il y a vraiment de quoi les recaler, tout en leur proposant une retraite choyée dans un musée !

Côté sécurité, je rappelle que les quais sont fermés dans les stations de métro ainsi que sur les grandes lignes de train. Des bandes de vigilance habillent par ailleurs la bordure du quai.

L’information sonore est on ne peut plus abondante : impossible de voyager dans le silence au Japon.
Une voix de synthèse suit le déroulé du trajet dans toutes les rames de train, de métro, les tramways et les autobus. Elles signalent après chaque arrêt, l’itinéraire complet, le nom de la prochaine station, les correspondances ainsi que le côté d’ouverture des portes. Ces annonces sont délivrées également en anglais dans les grandes villes et sur les lignes principales.
Des compléments ponctuels sont apportés par les conducteurs ou par les receveurs pré cités. Tout cela pourrait paraître rébarbatif et aurait de quoi faire maudire les déficients visuels si cette littérature orale n’était accompagnée de ritournelles éclectiques où se reconnaissent des timbres de harpe, cithare, célestas, carillons… Tout un instrumentarium !

La même générosité se retrouve sur les quais : toutes les informations qui défilent sur les bandeaux sont également diffusées dans des haut-parleurs. Ainsi, prochains départs, destinations, composition des rames, emplacement des voitures par rapport aux repères au sol… rien ne me semble oublié. Heureusement, car il faut être prompt au Japon : les arrêts en gare sont brefs, plus qu’en France. Mais il n’y a jamais de bousculade : chacun attend sagement dans la file aux repères indiqués et l’on monte tranquillement quand les voyageurs sont descendus.

Je n’ai pas expérimenté la déambulation en solitaire, mais je pense qu’elle est facilitée par l’existence systématique de bandes de guidage sur les quais et sur les circuits, dans les gares, les centres commerciaux, etc.… Un chant d’oiseau signale la présence d’un escalier. Le rebord des marches est marqué d’un relief et une bande podotactile signale le début de l’escalier.
De plus, des inscriptions en braille soudées aux rampes en tube d’acier inoxydable, signalent le début, l’arrivée d’un pallier et la reprise de l’escalier. On ne craint pas de toucher les rampes car elles sont propres : nous avons vu des employés qui les astiquaient soigneusement… Sans compter que les escalators sont nombreux et qu’il existe partout des ascenseurs, même si parfois, il faut un peu les chercher.

On retrouve enfin des bandes de guidage sur les trottoirs, dans les artères importantes, y compris dans de petites villes. Elles sont quelquefois caoutchoutées.
Il saute aux yeux, ou aux pieds, que ce marquage en relief n’est pas un ajout (issu qui sait de laborieuses tractations…). Il semble au contraire intégré à la structure.
Les bandes podotactiles matérialisent banalement l’entrée des passages pour piétons.
Le chant du coucou nous indique qu’on peut traverser. D’accord j’ai couché à Kagoshima dans un hôtel proche d’un carrefour ; mais il vaut mieux avoir envie de tordre le cou à un coucou qu’à un miraud, non ? Bref, notre système de télécommande est sans doute préférable, mais, si j’ai pu débusquer quelques feux non adaptés, la proportion de carrefours équipés est certainement beaucoup plus proche de 100 % que de 25 % comme en France. Car on entend le coucou partout, même dans les petits patelins : ça ne se confond tout de même pas avec le cri des corbeaux qui ont particulièrement du coffre dans l’archipel nippon !

Si la circulation automobile est dense, elle se concentre essentiellement sur certaines artères, souvent suspendues.
La foule se déploie sur de vastes esplanades, dans d’immenses galeries, dans les nombreuses rues piétonnes ou sur des voies sans trottoirs mais où les véhicules sont peu fréquents. De ce fait, et cela peut paraître paradoxal dans un pays qui est le premier producteur d’automobiles au monde, on peut avoir l’illusion , y compris à Tokyo, de villes sans voitures, ou presque. Le rêve ! La prudence est toutefois de rigueur. Les pistes cyclables semblent inexistantes et les vélos cohabitent avec les piétons. Nous avons l’habitude de cette calamité et même s’il y a apparemment moins d’agressivité que chez nous, ce n’est pas très rassurant.

J’ai le sentiment, mais il faudrait sûrement creuser, qu’au japon, l’attention portée à la déficience s’inscrit davantage dans la culture qu’en France. Faut-il s’en étonner, dans un pays qui en a vu de toutes les couleurs, et dont la population est très vieillissante ?
Par ailleurs, il faut noter un souci élevé pour l’hygiène et le confort dans cette société aux us raffinés mais aux gestes quotidiens très codifiés. Il y a par exemple, des tables à langer et des toilettes adaptées partout, y compris à bord des trains. Certes, l’utilisation de ces dernières, adaptées ou pas, requiert quelques compétences techniques étant donnée la sophistication de l’installation, mais la recherche du bien-être maximum semble, il faut le reconnaître, aller de soi.

Je ne sais si malgré tous ces aménagements, les personnes handicapées sortent plus qu’en France. D’après mes acolytes, les personnes déficientes visuelles ne sont pas moins rares que chez nous. C’est peut-être pour cela que je n’en ai pas rencontré… Je ne sais donc pas s’ils peuvent activer des bornes sonores qui leur délivrent des messages dans les ERP. Je suppose qu’ils n’en auraient pas besoin, dans un pays où partout, des gens ont pour métier de dire « bonjour, au-revoir, merci ».
Quant aux vraies machines, en carrosseries et en cartes électroniques, toutes sont bavardes et le plus souvent bilingues japonais et anglais : du moindre distributeur de boissons à l’ATM pour retirer ses yens, en passant par le nettoyeur de lunettes mis gracieusement par les opticiens à la disposition des passants. Alors nos télécommandes EO Guidage, à 32 ou 39 €, je ne sais pas, seraient-elles vues là-bas comme des gadgets ? Ce serait tout de même un comble ! Je ne sais du coup, si elles seraient financées par la collectivité. J’ignore tout du traitement social de la déficience au pays du Soleil Levant, je sais seulement que je n’ai eu droit, au mieux, qu’au demi-tarif, pour la visite d’un jardin à Nara… Mais je connais un étudiant chercheur très pointu sur les aspects sociopolitiques de ce pays : je ne manquerai pas à l’occasion de le questionner. Voilà qui pourrait (je ne m’engage pas) nourrir un prochain papier.

Sayonara.

Jean-Paul CHANEL